Notre Drôme des pourris épisode 6 : fastidieux exercice de style consistant en une retranscription minute par minute d’une planque de 10 heures

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Les lecteurs ne commencèrent à lire que vers les 9h31 de planque.

9h 32 –« Fichtre, Flanagan !!! Ce sandwich est souple, très souple !

– Ingrid a une astuce ! Elle humidifie légèrement le jambon avant de beurrer le pain… »

9h32 plus quelques secondes de silence pour absorber cette révélation – Jusqu’alors, rien de notable. Les dockers du port rentraient dans leurs chaumières, apparemment fatigués de ne penser qu’à boire en regardant danser les femmes. Certains passèrent sur le trottoir en grivoisant des comptines aux rimes aussi faciles que leurs protagonistes.

9h33 – Une lumière investit le rétroviseur de la Corsa 4X4 où les deux planqueurs se planquèrent plus profondément dans le cuir tout confort en peau de mouton noir du Gange.

9h33 et 10 secondes – le faisceau des deux phares convergèrent l’un vers l’autre sur le bitume comme la voiture se rapprochait… Bref, tout indiquait que cela était fort louche !

9h34 – La voiture tenta un créneau devant le 6, rue des allumettes. Le conducteur s’y reprit à deux fois, cogna légèrement la voiture située derrière son véhicule, manœuvra maladroitement jusqu’à juger qu’il ne rentrerait pas dans l’emplacement.

9h35 – Il reproduisit la même opération deux voitures plus loin mais avec plus de succès. Le moteur du véhicule fut éteint. Personne ne sortit.

9h36 – Le papier aluminium du sandwich faillit trahir Flanagan et son confrère quand Andrews tenta de le refermer.

9h41 – La forme dans la voiture semblait attendre quelque chose.

9h42 – Ils convinrent que, plutôt qu’attendre, elle guettait.

9h42 et 1/2 – Ou alors, elle décuvait.

9h43 – A l’évidence, la forme complotait un complot.

9h44 – la porte du 6 s’ouvrit. Une forme assez grosse que Flanagan, qui avait été compas dans une vie antérieure, évalua à 18 mètres sur 6, sortit précipitamment, sans fermer à clé la porte d’entrée, ce qui, clairement, dénotait d’un peu d’à-propos en des temps où le crime paie bien.

9h45 – la forme intitulée « B » en rapport à la forme « A » qui était déjà dans la voiture tenta de s’engouffrer sur le siège passager.

9h46 – Elle essayait encore.

9h47 – Toujours.

9h48 – Avec insistance.

9h49 – Elle ferma la portière, s’y reprit à deux fois, rouvrit car elle avait coincé un bout d’aile.

9h50 – La voiture eut besoin de trois manœuvres pour sortir de son emplacement. Elle partit direction Sud.

9h51 – Flanagan, son flair, son instinct, mirent un terme à la planque en un ordre « Andrews, suivez-les ! »

 

Épisode 7

 

12 réflexions sur “Notre Drôme des pourris épisode 6 : fastidieux exercice de style consistant en une retranscription minute par minute d’une planque de 10 heures

  1. 16 h 18 : je commence à lire, souplement.
    16 h : 20 je m’étrangle de rire, une première fois.
    16h 21 : bis
    16 h 22 :idem
    16h 23 : je bois un verre d’eau en pensant à m’sieu l’ex-premier-ministre-en-examen visitant Strasbourg pour me calmer
    16 h 24 : ça ne marche pas. Je me récite l’appel de m’sieu le président-en-examen
    16 h 25 :je recommence ma lecture et me demande ou se trouve la rue des Allumettes
    16: 26 mais comment l’auteur peut-i être informé que la forme complote un complot ?
    16 : 27 : lecture dans le marc de farine ? Cabinet noir élyséen ?
    16 :30 je suis flanagan, son flair et son instinct
    16 h 31 : la suiiiiiiite !

    • Pour répondre à 16h26, il est clairement énoncé dans le rapport de planque que « la forme a pris une pause indiquant sans doute aucun qu’il complotait »… Partant de là, il y a effectivement supputation sur l’objet de son « acte de comploter » et l’auteur prend la liberté d’affirmer que ce ne peut être autre qu’un complot, tout au plus une machination ou un acte belliqueux. Complot lui semblait le parfait compromis entre belliquitude et machination !

  2. C’est rigolo, j’étais en train de me dire que la « boite à trappe » de ton histoire, carnet, ressemble étrangement à une boite d’allumettes. De mèche en bougie, je me disais que le complot pré-supposé exact par l’enquêteur le plus pertinent que l’histoire du polar ai jamais créé auparavant rejoignait l’adresse paresseuse la plus illuminée qui soit par nécessité d’éclairage de boite obscure qu’à mémoire d’écrivain personne encore n’avait décrite aussi congruement.
    Je ne sais pas ce que c’est que cette idée 1patte mais si ça peut aider.
    J’espère que « 18 sur 6 » ne s’est pas froissé une aile en lui claquant la portière dessus.
    Flanagan serait-il à l’origine de la célèbre formule mathématique « Carrière de compas, pare-chocs en équerre » ?
    C’est un clafoutis de détails tous plus goûteux les uns que les autres qui vient réjouir les pupilles gustatives des lecteurs que tu nous offres là. Je suis curieuse de me demander comment la suite va continuer.
    Dois-je préciser le timing de mon commentaire aussi ?
    16h21, 18h36, 21h55, 23h98. Deux lignes par indication horaire.
    Merci carnet dans l’encrier.

    • Merci Jo d’hypothéser du complot plausible éventuel ! Ton commentaire vient en écho à ma réponse à Carnets sur la théorie du complotiste comploteur.
      Flanagan est clairement à l’origine de tellement de concepts et d’évènements qu’en énumérer la liste prendrait plus que 10 heures de planque minutées… De là à supposer qu’il soit créateur de célèbres formules, mathématiques, anthropométriques, étriquées ou truquées, il est évident qu’il n’y a pas la ligne droite de la rue des allumettes !!

  3. 16h32: Flanagan mord dans la deuxième partie 3/4 de son sandwich au thon humidifié.
    16h33 : penser à remercier Ingrid pour l’humectation et lui-même pour le compte-rendu circonstancié à envoyer à Laïonel pour le faire suer, penser aussi à bigophoner à Sibelius pour le faire râler, à Brel pour le féliciter, à Andrews pour l’engueuler (il vient de perdre son contact), à se coucher en attendant la suite. Bigre !

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