Concours agenda ironique d’Avril 2017

« Le lac de l’impossible, affreuse et terrible histoire »

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Faut pas croire, nous avions déjà tant marché, contourné de plus que de moitié le lac, à tel point que nos vélos posés à même l’herbe de l’autre côté de l’étendue d’eau ne ressemblaient plus qu’à des vélos posés à même l’herbe à l’échelle 1/10ème.

L’un de mes compagnons se plaignit de pieds surchauffés par la violente chaleur d’Avril.

La deuxième, pourtant pas chochotte d’habitude, claudiquait du plus boiteux des airs.

Le troisième -le plus âgé-en vint à développer un souffle fort court.

Bref, nous stoppâmes et le constat était terrible : il nous faudrait bien trop marcher pour rejoindre nos destriers, bien plus que le peu de force restante ne saurait nous accorder, tout cela alors que la nuit, certes non encore tombée, projetait de prendre ses quartiers dans l’heure.

L’un d’eux -pas le plus âgé, pas celle en robe- proposa l’alternative la plus sensée : traverser le lac pour couper court.

Hélas, mon arpion témoin confirma les présomptions : l’eau virait glacée à mesure que l’astre diurne faiblissait. Celui-ci, le gros malin, disparut immédiatement derrière les futées.

Qu’à cela ne tienne, la plus dégourdie des trois -pas celui qui butait encore sur la table de 6- proposa qu’on construise bateau.

Ce serait vite fait, il s’appellerait « le sauveur » -puisqu’il nous sauvait !- il serait confortable mais sans trop, juste deux cabines, une cambuse, l’évidente timonerie, pas plus de deux mâts et une grand’voile.

Le plan établi, nous abattîmes trois arbres parmi les plus vigoureux, élaguâmes du faîte jusqu’aux racines par goût du travail appliqué, tranchâmes en autant de planches que nécessaire, cloutâmes l’ensemble en forme coquillesque, colmatant les interstices à l’aide de terre mélangée avec humus et argile, plantâmes en un centre calculé au cordeau le mât principal, fixâmes traverses qu’on recouvrit afin d’achever le pont supérieur, n’oubliant nullement le gouvernail, nécessaire détail de la future traversée, prévoyant deux jeux de rame pour l’accostage final ainsi qu’une vigie car l’hiver venant, un glaçon ne manquerait pas de croiser notre chemin.

Feu fut fait pour accompagner le labeur, offrant autant de chaleur que de clarté comme on s’attaquait à la figure de proue.

Débat fit rage : elle voulait la licorne, lui aurait préféré Poséidon quand, du troisième, la proposition d’un nounours fut rejetée au premier tour de vote.

Bref, Poséidon se vit affublé d’une corne blanche virant sur l’ivoire et l’effet donné ravit la totalité.

La voile prenait temps à être conçue tant il est prouvé que les feuilles refusent de se faire coudre bien plus que les moutons de se faire tondre.

Qu’à cela ne tienne, celui qui, dans le laps de temps de fabrication, venait d’obtenir son diplôme d’ingénierie par correspondance, conçut moteur à propulsion tournant au bois et apte à tracter l’ensemble contre vent… Et contre marées le cas échéant même si, tous, nous espérions que jamais cette probabilité n’advint !

Quatre ans après, seuls trois embarquèrent.

Faute de médicaments à disposition et, malgré les onguents de sève de bouleau et les cataplasmes de repounchous, je mourus d’une fièvre tenace -soit une grippe soit une syphilis – et les trois autres convinrent qu’il était plus sain de me brûler.

Je fus première bûche du rafiot -crépitant hommage- destin qui ne devait pas faciliter mon rôle de narrateur mais passons !… Mis à l’eau et manœuvré avec talent, le rebaptisé  « Sauveteur-sauf-du-chat » les conduisit enfin à l’endroit où les vélos rouillaient paisiblement, à même les broussailles.

Ils défrichèrent pendant des jours pour les récupérer, vain ultime effort car ils s’aperçurent de l’inévitable réalité de cette vie qui file, file, bien plus vite qu’on ne saurait le voir et du fait que les vélos étaient bien trop petits pour leurs corps changés.

« Puisque c’est ainsi !… » dit celui qui avait mué « Construisons une voiture pour rentrer sans trop d’effort ! »

 

Cette histoire vraie, tirée de faits réels, dont les personnages ont vraiment existé, dont certains vivent encore, n’a fait l’effet d’aucune modification dans sa chronologie et participe modestement à l’agenda ironique d’Avril 2017 que Martine accueille avec joie contagieuse et dont la consigne, scrupuleusement véritable et authentifiée par notaire est la suivante :

 

Je vous propose donc de partir en croisière

Voilier ? Bateau de pêche ? Cargo ? Paquebot ? Péniche ? Pirogue ? Canot pneumatique ? Brise-glaces ? Chalutier ?

Vous choisirez l’embarcation, vous l’imaginerez, vous la décorerez, la baptiserez… Vous daterez la traversée… Quand vous vous déciderez à lever l’encre (oui, quand même), vous déterminerez l’itinéraire et les escales : L’île des Lettres ? L’île des Mots, des maux, des morts ? L’île des Étrangers ? Les îles Glamour ? L’île d’Éros ? Ou bien ?

Une fois l’équipage constitué, vous embarquerez les passagers et vogue la galère !

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37 réflexions sur “Concours agenda ironique d’Avril 2017

  1. Ah mais…c’est une véritable épopée !
    Un chef d’oeuvre d’imaginitude !
    La paresse pédestre engendre parfois tant de choses…

    Bon, je prêterai volontiers ma corne pour la figure de proue…
    si on me la rend…;-)

    • Merci, Licorne pour ton à-deux-mains-applauditude que j’accueille avec joie !!
      Moi, dans le doute qu’ils ne fomentent un délit, j’écrase toujours les gens à pied, c’est une question de civisme !!
      Pour ta corne, c’est fort aimable ! Je fais passer et, le cas échéant, ils te contacteront… Vu que moi, je suis décédé !

  2. Ronron ! et je pèse mes mots ; c’est du Patdanl’encrier, et du meilleur, de çuilà avec des morceau de pommes dedans. Alors je réitère, ronron. (en vrai je suis assez bluffé)

  3. Ma béatitude n’a d’égard que ma gonlitude (hi, hi, hi, voyez, ça continue) à la lecture post-mortem des hauts-faits de ce héros pas piqué des moustiques. Déjà, ma votitude (patte : one point) y va de son plein gré vers vous, oh fantôme des futaies ! Je vote et ça, ce n’est pas du pipeau ! Je vous le dis entre six yeux, jalousant votre talent et vos mollets de cycliste des bois : ich bin épastrouillée par votre talentitude.

    • Ta commentitude n’a d’égale que ta légendaire outre-quievainitude !
      Je rends grâce à ta votitude déclarée pour cet ouvrage décédé quand on imagine, n’étant que le 4 Avril, que certains écrits non-encore nés viendront en dragée-hautitude lui disputer la podiumnité !!
      Merci Anne !!!

  4. Là est quand même l’ORIGINE de l’automobile, (trois coups de stylo rouge pour souligner « ORIGINE », stabiloté en rose par dessus le marché et l’encre), une histoire originale et relative à une pétrificatitude passagère quoique prolongée. Je suis moi aussi extatiquement admirative devant l’arboricolitude paralysante qui emprit si totalement ces cycles de façon aussi opportune et provoqua la nécessaire créativitudités en vinaigrette des acteurs en présence, qui sont, petit récap, (si je me trompe j’ai droit à un gage), le Sauveteur-sauf-du-chat, l’autre et l’autre qu’est-toi-qu’es-mort. Il n’empêche que je suis au regret de devoir faire un signalement à propos du chat. Poseïdon en est parai-til pétrifié et alité.
    Veuillez recevoir, monsieur, l’expression de ma délirectitude confirmée.
    Cordialement
    L’échelle 1/10ème

    • Chère échelle 1/10ème,
      Sachez que vos remarques -judicieuses car fort bien échelonnées tout au long du texte- n’ont pas manqué de faire grimper aux rideaux la félinité en chacun de nous.
      Toutefois, il nous apparaîtt interrogatoire voire d’une grande surprinitude qu’une échelle ayant licencié, involontairement ou non, l’histoire ne le précise pas, 9/10èmes des barreaux la composant pour des motifs peu recommandables du genre « à cause de la crise en escalier qui sévit à tous les étages de la société » ou encore « par la faute des baisses et montées succesives et imprévues », puisse trouver à redire voire à reredire concernant un chat mort pour la patrie -ou la pâtée, l’histoire l’oblitère.
      Corde-à-noeud-lement

      La direction

  5. Ah, c’est excellent ! Un voyage qui raconte le temps qui passe… c’est joliment évoqué, plein de finesse sur l’enfance qui file loin, j’aime beaucoup 🙂 Bravo le chat !

  6. Pourquoi, mais pourquoi donc ai-je cliqué sur le lien qui m’a amenée ici lire un texte admirable. Les muses m’ayant abandonnée, je suis allée me promener pour constater qu’elles avaient élu domicile ici même. Par pitié, renvoie-les chez moi, je promets de bien les recevoir.
    Puis je me permettre une petite rectitude ? Le passé-simple, temps si peu employé, se venge régulièrement en faisant croire à l’écrivain malin que le verbe recouvrir est un verbe du 1er groupe, alors qu’en fait non, il a toujours été 3ème de sa classe sans jamais pouvoir se surclasser.

    • Tout d’abord, Merci à toi, Alphonsine, d’avoir pris le temps de me visiter ! Je fais im-mé-dia-te-ment bifurquer en ta direction ces muses qui, j’en suis ravi, ont œuvré avec application en ce texte.
      J’ai corrigé, merci d’avoir de ton œil aiguisé relevé cette coquille (d’autruche pour le coup) et je viendrai avec grand plaisir découvrir ton texte dès sa naissance !
      Bonne journée à toi !

  7. Voilà une aventure ronrondement menée, descriptif explicatif, comment fabriquer un engin flottant, quand on est à pattes et qu’on n’en a plus. Quelle exemplitude!

  8. Comme quoi on vote pour des détails : les repounchous, oui ! qui parle encore de répounchous ? en cataplasme je ne sais pas mais en saladitude oui ! Bref, je vote pour les répounchous !)

  9. Je reviens lire, juste comme ça, pour le plaisir 🙂 Et je me demande, curieuse que je suis, en ce qui concerne l’inspiration,est-ce la photo qui a amené l’histoire ou le contraire ?

    • Non, j’ai trouvé la photo plus tard ! D’ailleurs, elle ne colle pas totalement au récit mais je l’ai trouvée tellement vivante !… Et sinon, comme souvent, j’y suis allé à la hussarde et, est-ce cette f… B… de M… de fièvre que j’ai contractée au bord du lac, ça a donné ce récit, vrai, véridique, dont je n’ai pas changé une ligne, que j’ai retranscrit tel qu’il est advenu, je le jure sur ma tombe !

      • Oui, elle dégage sacrément des trucs. Moi, je trouve qu’elle illustre assez bien cette notion de temps qui passe, très présente dans ton récit. Ah, la fièvre ! ça provoque de bien beaux récits, tant mieux pour nous, lecteurs. Tu m’entends, du fond de ta tombe ?

        • Il y a un peu de réverbe ici mais je t’entends !! Je crois que chacun de nous expérimente ça parfois, on part de rien ou de très peu et le fil de nos idées nous mène où on n’avait pas prévu d’aller, c’est amusant l’écriture !

          • Réverbe ?
            Oui, c’est même toujours comme ça que je fonctionne lorsque j’écris (surtout pour les romans, mais ça fonctionne aussi pour les histoires courtes.) Parfois j’essaie d’y mettre de l’ordre mais les personnages, les situations finissent souvent par exister au delà de l’intention première. ça me plait 🙂

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