Le caillou 13

L’humain du bord avait paré au plus pressé : trouver du bois, le débiter, le poncer, le teinter, l’enduire, le peindre, le clouter pour fabriquer un bateau assez grand pour contenir une paire de chaque espèce.

Il acheva au moment où les premières gouttes tombèrent.

Chapeau le synchro !!

Dès lors, il lui fallut faire preuve de moult diplomatie pour choisir lui, elle et pas l’autre, et, quand toutes celles et tous ceux prévus avaient embarqué, que le rafiot commença à bouger dans les eaux montantes, il se dit : « Super ! C’est fait ! »

Excellent, le talent !!

Puis, il s’écria :  » Bon sang !! J’ai pas fait de règlement intérieur !! Concert de plume, poils, dents, vertèbres, du qui-rampe comme du qui-grimpe, ce bateau est une pure arche de Babel !! »

Allait-elle vaciller au premier écueil ?

Pas de charte de bonne conduite, pas de constitution du vivre-ensemble, même pas quelques lois liberticides pour dégoûter chacun de ne pas penser collectif !!! Rien !!

La cohabitation pour un temps non encore connu pouvait vite devenir coton.

Et les non-invités à bord, vexés et presque noyés, de ressortir les dossiers sur les passagers jalousés :  » Que les lapins peuvent être mesquins, les marsouins chafouins, les gorilles hostiles mais, surtout, surtout que les otaries sont des P…. !!!« … « Toujours les premières à f… la m… puis, le mal infusé dans chaque esprit, s’en vont piquer une tête dans l’océan… Et débrouillez-vous pour nettoyer derrière… Ah les otaries !! »

Rien sur les cailloux qui, caillou notre héros en est parfait exemple, sont des plus affables en compagnie. Toujours, s’excusent auprès du mortier de tant lui appuyer dessus, demandent mille pardons au randonneur maladroit s’il a glissé sur l’une d’elles, se sentent concernés quand un édifice conçu à base d’eux montre une faiblesse.

Bref, le caillou est facile à vivre !! Qui en a eu un chez lui pourra témoigner !

Du coup, caillou entre dans ce nouveau monde l’esprit joyeux et amical, sans penser ou s’inquiéter de heurts à venir.

Au loin, les non-invités qui ont trouvé une bouée mais voient arriver les ailerons de requin, en rajoutent une couche : « Aaaahhh !!! Les otaries !! Tout ça… !!! » Une accablante plaidoirie.

Caillou, pas perturbé, rencontre son homologue féminin choisie par Noé et, il doit l’admettre, elle confirme la règle caillou : Madame, ciselée par un grand maître, représente, comme indiqué sur le panonceau à ses côtés, « La démocratie aux abois », connaît sa haute valeur sur le marché de l’Art mais jamais ne s’en prévaut.

Charmante conversation se poursuit, elle est sympa, il est content.

Elle en impose cependant, et ses 5 tonnes à babord feraient pencher à 200° le bateau si couple d’éléphants ne se dédiait pas à équilibrer l’embarcation en restant à tribord…

Vous n’avez pas le plan du rafiot, donc je précise que tribord est à l’opposé de la buvette.

Jugez de leur dévotion au collectif. Du genre qui vous cajole le coeur et vous rassure sur le concept d’empathie.

Caillou décide d’aller voir les deux pachy-samaritains. Solidarité minéralo-animale.

Qui trouve-t-il, les ravitaillant régulièrement en cacahouètes et p’tit punch ?

Une otarie !

Comme quoi !!

Les désagréables supputations –qu’on peine à entendre désormais car leurs propriétaires sont entraînés au loin là-bas par des courants opposés– sont non grata sur cette embarcation voguant ses passagers entité-divine sait où ou pour combien de temps.

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3 réflexions sur “Le caillou 13

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