Le dernier souffle : épisode 22

Soufflé. Mais pas par ce vent mortellement glacial qui caressait ses aspérités.

Non, Dieu-montagne était soufflé d’enfin voir des humains.

Leurs traces étaient les premières sur ce pan de cime. Ils étaient les premiers ici.

Les oiseaux lui avaient tant parlé de ces êtres étonnants dotés d’appendices pattaux, se tenant sur deux… Oui, comme les féroces ours blancs qui, parfois, montaient en ces lieux.

S’il avait eu moult descriptions, il avait douté de leur existence tant l’image était incongrue.

Les ailés en avait évoqué les frasques diverses, rajoutant à l’absurde.

Aucun n’était encore monté jusqu’à lui et Tysssskät était resté dubitatif.

Nature les observait, aussi incrédule que dieu-montagne.

Paatrok menait le train, Ijdraya à sa suite.

Nature avait déjà eu affaire à humains, dans des endroits plus propices à leurs ardeurs mais jamais là, au tréfonds du plus haut, aux sommets d’un monde.

Elle les avait évoqué à Tysssskät mais Tysssskät l’avait crue folle. Folle nature.

360° de montagne jusqu’alors inviolée les entourait, les scrutait et eux, pas perturbés par le soudain silence, progressaient dans la haute neige.

Le premier, portait une urne qu’il serrait fort contre lui, et l’autre tenait un bout de bois au bout duquel une flamme dansait.

Univers avait vu feu, à travers lui-même, météores, soleils, incandescents objets circulant sur la noire prairie scintillante mais, sur le Tysssskät, jamais.

Aussi, Tysssskät, Nature et Univers se regardèrent l’espace d’un instant.

« Cocasse » dit l’un, « Poétique » dit l’autre, « Mémorable » soumit le troisième.

Nature, Tysssskät et Univers savaient qu’ils étaient les heureux spectateurs d’un moment exceptionnel.

Se turent, ne pas les effrayer, s’émerveiller devant miracle. Peut être jamais ne reverraient cela.

Eux arrivaient enfin au bout de l’histoire et le ciel, ombrageux il y a peu, s’était ouvert, et le vent s’était évadé en vallée, le froid avait éteint ses morsures.

Là, il ouvrit l’urne, déversa ce qui fut son père, poussière d’un être merveilleux roulant la pente en multiples directions, visitant ce lieu magique et inespéré, et la minute calme dura des heures, eux apaisés d’un si long voyage, lui libéré de tant de murs.

Ils restèrent là cette minute qui dura des heures.

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