L’art sérieux de la sériosité

Jean-Gilles Renphlophoir (1838-1870), le grand Jean-Gilles que nombre ont lu, nombre ont apprécié, nombre ont peu connu mais que nombre auraient aimé connaître, Jean-Gilles Renphlophoir nous délecte encore d’un de ses écrits-nectars « L’art sérieux de la sériosité ».

Assis à une table, buvant un café en terrasse, Jean-Gilles a eu tout loisir de juger -car qui d’autre que lui était en mesure de pouvoir juger ?- de tous (sans en oublier un) la sériosité.

Le constat qu’il fit frôla le moche.

Voltaire n’a rien écrit sur le sujet et il aurait dû. De même, Rousseau, pas mieux de la part de Chateaubriand. Aucun de ses trois colocataires n’ont daigné.

En effet, ces prénommés Herbert, Sylvain et Thimothée pensaient plus à ne pas être sérieux, à être dissipés voire immatures qu’à s’armer de cette fameuse sériosité de bonne aloi qui en adultité permet de fonctionner.

Aussi Jean-Gilles a-t-il édité un règlement intérieur de colocation pour améliorer la vie en commun et la sienne surtout.

Il rajoute en Nota Bene qu’il lui paraît nécessaire, pour la survie de l’Humanité, de reprendre ce fonctionnement dans toutes les strates de la vie, en entreprise, à la maison, chez les voisins, au parc, en petit comité, en grande assemblée.

Ainsi dénombre-t-il des erreurs à éradiquer :

  1. Rire ! Le rire est contagieux et rien, vaccin, masque ou coups de matraques, n’en vient à bout. Le rire est dangereux car il crée une connexion entre les personnes (voir 2)
  2. Entrer en relation. La relation est une erreur. Le lion ne se lie pas avec la gazelle. Le règne animal nous prouve que se lier d’amitié serait dangereux pour la gazelle. Soyons tous des gazelles chacun dans son coin.
  3. Chercher à rompre la solitude consécutive à l’absence de relation. Cela annonce le chaos et le chaos est à proscrire. Les autres sont un danger mortel permanent.
  4. Donner son avis. Donner son avis est preuve d’un égo surdimensionné. Tout comme penser que son patron ne sait pas est mal. Le patron sait. Donner un avis favorable à son patron n’est pas mieux. Cela voudrait dire que cet avis compte. NON. Cet avis ne compte pas.
  5. Proposer. Proposer mène aux enfers. Proposer indique que « ce qui est déjà » n’est pas bien. Or, « ce qui est déjà » y est déjà. Si on remet en cause « ce qui est déjà », c’est pas joli-joli.
  6. Râler. Râler n’est pas plus joli-joli. On est satisfait de son sort. Les autres le sont.
  7. Présumer que les autres ne sont pas satisfaits de leur sort. On se ment. Se mentir n’est pas une qualité. On évite de se mentir. C’est mieux.
  8. Ne pas être sérieux. Erreur faite par bouffons et saltimbanques, ne pas être sérieux conduit à l’échafaud. L’échafaud n’étant pas forcément agréable, mieux vaut directement passer à l’état de sériosité car lui seul apporte le salut.

L’état de sériosité s’attrape facilement. Il naît dès raison venue car pourquoi, demande la raison, vouloir autre chose ?

Il se nourrit d’heures de cours, de cartables et horaires surchargés, se régurgite en heures de bureau et mène là où, enfin, le repos s’annonce, en terre.

La terre est noble. Aimons la terre. Sans elle, pas de métro. (cette phrase est un addendum, Jean-Gilles n’ayant point pu goûter au subtil et enivrant régal d’un rame bondée aux heures de pointe… Mais il aurait aimé pour sûr).

Enfin, pour clôturer cette bible d’évidence, Jean-Gilles se projette sur un futur qu’il souhaite débarrassé de frivolités, où, enfin, le travailleur pourra, le soir venu, rentrer chez lui se satisfaire du travail effectué, où sa femme, pleinement convaincue du don d’elle-même pour lui au nom de la nation reconnaissante, saura le recevoir avec les égards dus à la sériosité donc il est l’incarnation familiale, incarnation à la lueur de laquelle ses enfants viendront puiser l’inspiration et l’espoir de lui ressembler.

Nantie de ces valeurs ancrées et immuables, la société verra s’ouvrir devant elle des millénaires de tranquillité feutrée, à l’ombre des hauts fourneaux des usines, et un avenir serein et dépourvu de changement.

Enfin, on pourra vivre.

Une réflexion sur “L’art sérieux de la sériosité

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