Couve-feu

S’il fallait vous décrire cette terre que tant d’ancêtres du brave Oïyok ont foulé du cuir de phoque tanné de leurs boots, Le Laarr¨d’Flygtuck ressemblerait à une étendue blanche. Et plane. Mais surtout blanche. Née de ce grain pur et délicat que seuls flocons peuvent être.

Une étendue plane avec, parfois, des morceaux moins plats. Tout aussi blancs mais moins plats. Plus bombés.

Ces morceaux bombés, parfois des montagnes, parfois des igloos, cassent certes la ligne plate qui définit si bien le Laarr¨d’Flygtuck mais la vie est ainsi qu’elle n’est pas autrement.

Ce monde blanc limite au plus raisonnable son besoin en végétation. Peu de chance dans tout ce blanc de voir du vert, encore moins du brun.

Aussi, quand le jeune Pkatroÿ, fils d’Oïyok, et sa soeur,  Ijdätra, fille d’Oïyok, profitant d’une partie moins plate que de coutume pour glisser sur leur luge favorite, prirent un virage à angle bien trop droit pour être honnête et finirent, l’un, l’autre mais surtout la luge, en miettes, le ciel, les astres, peut être un dieu tout puissant trouvèrent l’aubaine trop eau bénite pour ne pas en profiter.

En amont de cet évènement, je vous dois préciser qu’il tonnait fort depuis 15 minutes, qu’il neigeait dru depuis 12 minutes et qu’il orageait sérieux depuis 3.

En un instant, un sacré instant que je qualifierais de divin, l’émietté de luge prit feu. Et brûla par dessus cela.

Interloqués, surpris, nos amis n’ayant jamais vu tel phénomène en ces lieux, coururent jusqu’au pueblo de igloos chercher Oïyok et d’autres.

Ils vinrent tous, les autres et même Oïyok.

L’étrange apparition dansait encore, selon certains, en des dagues rougeâtres glissant vers le ciel, pour d’autres comme des langues jaunâtres grimpant la voûte céleste.

Le feu, puisqu’il s’agit de lui… Vous le saviez !!!? Quel talent !!! Le feu, donc, qui, lui, n’a cure de public connaisseur ou pas se payait une belle dose de bois. Et vas-y que je grille, je brûle, je grignote.

Tous l’observait engloutissant l’ex-destrier des enfants.

Que faire ? Comment réagir ?

Oïyok, fier Oïyok, courageux Oïyok s’approcha intrépide. Et il tendit la main. Que pensez-vous qu’il arriva ? Il se brûla pardi !!

L’ennemi était agressif !!! On ne lisait déjà plus ni le « R » ni le « O » ni le « S »… Ebud n’en menait qu’à moitié large.

Devant maléfique, on jeta harpons, couvertures, pingouins de compagnie mais lui n’en demandait qu’autant. À croire qu’il s’en nourrissait !!!

Finalement, comme on ne savait pas, on partit chercher Alley E Viniu, une touriste fraîchement atterrie du Sud-Sud. Elle saurait peut être.

Et, en fait, elle sut tout à fait.

« C’est du feu ! ».

« Ooooooh !! » firent-ils comme on fait quand on nous nomme une chose pour la première fois.

« C’est très couru dans le Sud-Sud ! Gardez-le précieusement ! »

Et tout elle raconta et tous ils écoutèrent car, aussi surprenant et risible que cela parut au début, cela se révéla exact et vérifiable à la fin.

Oïyok, ce toujours valeureux Oïyok, fut désigné gardien et protecteur du nouveau visiteur.

Au Laarr¨d’Flygtuck, faute d’hôtel, on a pour habitude d’accueillir chez soi le visiteur. On dit même « Mon igloo est ton igloo ! » puis on rit de concert car c’est la chute d’une blague bien connue, un peu paillarde c’est vrai mais, par grand froid, une bonne rigolade ne se refuse jamais.

Et il fait souvent froid au Laarr¨d’Flygtuck. Surtout en été. Bon, l’hiver n’est guère plus clément.

Cela dit, mettez-y de la magie si vous le souhaitez, depuis que « Feu » était arrivé, on sentait… Comme un redoux.

Sûrement un hiver précoce se dirent les anciens.

Une fois, feu mis au chaud dans l’igloo, restait à lui offrir à manger.

Plus de pingouins de compagnie disponibles, on essaya neige, glace pilée et flocons. Cela ne semblait pas convenir.

Alors, on se dit que feu abusait un peu. Arrive à l’improviste, n’aime pas ce qu’on lui propose, crame des trucs comme un dodo… Justement, lui aussi commença à s’éteindre…

Zut !! Vite, trouver que faire ? Laisser mourir un invité chez soi, sans dire que c’est signe de mauvais Karma, ça sent pas bon… D’ailleurs, cela sentait bizarre !! Depuis sa rencontre avec H2O au cube, feu fumait, et plus feu fumait, plus igloo suait.

Un pur hammam aurait dit Oïyok s’il avait eu connaissance de ce qu’était un hammam.

Faute de plein de choses, feu n’était plus que cendres et tisons, les compresses d’eau semblaient aggraver le mal et Oïyok, en ultime recours, s’apprêtait à sacrifier le buffet Louis XVI par le haut quand Pkatroÿ et Ijdätra, saisissant hache et Papa, lui dirent : « Laisse-le aller !! Laisse… »

Oïyok, conciliant Oïyok qui savait que, quand même, ces nouvelles générations, si on prenait le temps d’un peu plus les écouter, les laisser finir leurs phrases sans les contredire, peser le pour et le contre, ne pas se buter, se dire que « Oui d’accord, avant, c’était mieux mais… c’était avant », si on le pouvait, si on le faisait, peut être qu’ils auraient pas… Complètement tort… Oui peut être ?

Bref, Feu n’était déjà plus l’ombre de l’ombre qu’il projetait au mur tantôt.

Ils lui dirent adieu.

Feu-feu s’éteignit entouré, sinon des siens, de parfaits étrangers.

Ses braises furent jetées à l’océan en un « Psssschuuiiiiit » qui émut même les morses.

5 réflexions sur “Couve-feu

  1. C’est trop super mignon cette histoire de feu invité qui finit par ou bien tout dévorer, ou bien devenir feu le feu de sa mort sûre car selon le proverbe entropien, feu noyé par la fonte d’un igloo n’amasse pas chaleur.
    La légende de la luge et déluge sur le tison, j’espère que les lugeurs continuerons tout de même à faire des angles bien droits, destrier Ebud reconstruit jusqu’à éclosion de couvée orageuse à suivre d’un pas

  2. D’un pas impassible.
    Fait ch… Le commentaire est parti avant que je me mettre d’accord avec moi- même pour le valider ! Il faudrait censurer « orageuse » dans la dernière phrase du premier commentaire et le remplacer par un truc du genre atténué si c’est possible.
    Les téléphones manipulés avec des gros doigts ça s’énerve pour un oui pour un non !

  3. Allo ? Y’a kélkun ?
    Je pensais à : « Jusqu’à éclosion de couvée du dernier Dodo pas carbo à suivre d’un pas impassible, chaloupé ou pas. »
    Patted’1encrier, t’en penses quoi, toi ?
    A moins que de gros sabots de pingouins de compagnie ne viennent à tremper leurs pattes dans l’encre pour répondre à mes commentaires piaffant d’impatience, mais je ne vois pas pourquoi les pingouins éclipseraient les chats ou même les Dodos derniers spécimens du genre disparu.
    Salutations maniaques hautes et basses, en lutte contre le froid polaire des silences éhontément glacés.

    • Merciiiii Jo pour ton soutien scripturalement-constant à cette patte tueuse de luges et pingouins… Patte qui n’a jamais au grand jamais voulu mal à aucun dodo de son vivant rapport au fait qu’ils sont officiellement décédés depuis 3 siecles, a peut-être tenté d’attenter à leur réputation fumeuse d’ incendiaire sans jamais pouvoir le totalement prouver rapport à un autre fait que des cendres de 3 siècles sont souvent decomposées et recomposées en autre chose et qu’autre chose n’a pas force de preuve devant Tribunal corrompu ou pas.
      Bref une patte appartenant à un chat dont la moralité est à toutes épreuves rompue

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