Une enquête qui ne dit… Épisode 3

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« Chère Brume-des-mers-encerclées-de-fjords,

J’espère que tu vas bien !

Ici, parmi les immeubles crasses et les nuages gris, le temps file, l’enquête use et abuse de forces et confiance et, en les cœurs, je sens poindre la résignation.

Seul reste droit Flanagan-Johnson ! Il est bien ce phare de la Justice que Père nous décrivait si souvent en nos longues veillées sous le tipee familial.

J’ai lu que le choléra recule dans l’Idaho et qu’un vaccin à 5 ans est espéré. J’ai bon espoir de revenir tantôt et de te revoir encore alerte et pas sous terre. Je me languis de notre Dakota,sa terre ocre, ses prairies infinies dont l’herbe farouche et libre ondule au gré des alizés mutins.

Tu me manques ! Père également ainsi que Daphné dont je n’ai nulle nouvelle, elle probablement plongée dans ses études de femme de chambre et qui ne trouve temps de penser à moi, je le crains.

Ici, il fait froid.

Paris fut déjà une étape difficile pour le jeune navajo que je suis. Dans le métro, les gens vous dévisagent de la tête au pagne… Je crois que chacun s’y sent étranger.

Varsovie est saisie par le froid glacial tendance blizzard et nous ne sommes qu’en Juillet. Le mois d’Août est réputé bien plus rude, je me prépare psychologiquement.

Le dodo court et brûle toujours, les gens reconstruisent sans cesse des maisons en paille, d’autres en bois, trop peu en briques et, dès que souffle son aura vengeresse, ne restent que cendres et poussières sur lesquelles ils recommencent à bâtir.

Les fous !

J’ai demandé quand nous en aurions fini, on m’a ri au nez sans mettre la main devant la bouche… C’était assez abject. je fais des gargarismes depuis.

Seul Flanagan est venu me voir, l’oeil vif et décidé : « Nous l’aurons, petit ! »…

Il m’appelle toujours « Petit »… Il appelle Ingrid « Mon petit »… Je crois que les grands hommes ont le droit d’user de telles expressions.

Ses mots, brefs, ont insufflé en moi une lueur d’espoir. Inévitablement, au fur et à mesure que la ville brûle, les cachettes se raréfient pour l’oiseau. Il creuse lui-même sa tombe et je pense que là est le plan de Flanagan : quand il ne restera que quelques maisons, il sera plus aisé de faire des perquisitions honteuses et sans mandat et ainsi de le débusquer.

D’ici là, nous nous réchauffons à chaque incendie. Toujours voir le positif…

Excuse mon écriture approximative, la greffe n’a que trois jours, je progresse chaque jour mais, d’après les chirurgiens clandestins, il faut de 15 à 30 ans pour pleinement recouvrer l’usage d’un membre.

S’ajoute à cela une perte certaine d’identité : qui pourra me prendre au sérieux maintenant que j’ai deux bras ? Je songe à changer de prénom pour Quanah-a-deux-bras… Quand j’ai évoqué l’idée au dîner, j’ai fait un blanc… Je crois que les européens ne sont pas prêts à tout entendre ! Seul Flanagan a dit « Petit, quand le temps viendra, tu sauras… »
Il est fort ! Très fort !!

 

Je t’embrasse

 

Quanah-qui-se-cherche

 

Épisode 4

8 réflexions sur “Une enquête qui ne dit… Épisode 3

  1. Cher Quanah-qui-se-cherche. Je pense pouvoir vous aider à trouver du sens à vos sens sans pour autant sentir quoi que ce soit. Rien de malodorant, sachez-le, en l’état bien naturel où vous êtes, pagné et plumé (pas celles du Dodo, hélas, pas encore…). J’ai mandé un agent top secret 006 et demi qui se joindra volontiers à l’équipe que vous composez seul à seul avec vous-même et ces ruines fumantes. Passez le calumet à Flanagan-le-Grand quand vous le verrez car il appelle aussi Sibelius, « mon Petit », à son corps défendant qu’il ne défend plus en ces temps lugubres de blizzard et bouse. Bien à vous. Moi. P.S. Que devient-votre oncle, Rira-bien-qui-plussoie-du -derrière ?

    • Rira-bien va bien, il rit pas mal, plussoie plus difficilement en ces temps contenus mais s’efforce de toujours faire front, du derrière et d’ailleurs… D’ailleurs, nous vous remercie, chère Anne pour le prêt de Mr 006 1/2 qui ne sera pas de trop, demi compris, pour élucider le jusqu’ici-inélucidable !!!
      Recevez, chère Anne, nos sincères salutations

  2. Quanah-manchot greffé peut-il accepter de porter le nom de Quanah-bis ?
    Autre question essentielle, à quand le Quanah der ?
    Ce sont des questionnements existentiels absolus qui ne supportent aucune objection. Surtout le dernier.
    Qui es-tu toi, qui de Quanah ris ? Manquerait plus que ce Quanah lise.
    Autant en emporte le plussoiement évoqué par Madame de Louvain si j’ose dire.
    Chassez le bras naturel et il revient à la greffe.

    • Quanah est comme moi, chère Jo, il pèche à choisir entre tant de belles propositions. Vous avez mis le doigt là où jadis il mettait l’épaule… Rame ne s’est pas fait en un jour mais, au moins, désormais, il ne tourne plus en rond !!!
      Veuillez agréer, chère Jo, nos applaudissements les plus synchronisés !!

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