Concours agenda ironique d’Octobre 2017 : « Café Verlaine à Coupiac »

 

 

Le prénom

 

« Cendrillon, quand tu te seras coltiné le ménage du palais, tu finiras de peindre la façade du nouveau troquet ! On t’a laissé le prénom ! » Et elle rit d’un rire de méchante de l’histoire.

Après tant d’investissements dans les champs de citrouille, marché sclérosé avant qu’on ne lui découvre bientôt débouché dans l’industrie cheval-mobile, Marâtre avait trouvé nouvelle lubie à poursuivre dans le commerce de boisson.

Les temps étant ce qu’ils étaient, à savoir durs voire indélicats pour les âmes sensibles, une demi-soeur atterrirait derrière le bar, l’autre au service et Cendrillon plongerait quand elle ne laverait, ne coudrait, ne tondrait, ne donnerait pas dans la plomberie ou, donc, ne peindrait point !

« Le prénom » !

Marâtre avait trouvé l’intitulé du bistrot en hommage à un ancien amoureux, écrivain de peu de talent à l’époque épris mais pas d’elle ou pas assez ou peut être -surtout- pas du tout car elle était un peu c…, lequel écrivain, ayant enfin trouvé muse aux pieds desquels se mettre, devint génie instantanément.

Prétendant qu’elle avait planté graine en lui à défaut que lui n’ait fait l’inverse, Marâtre jouait à la pygma-hyène grande saigneuse, espérant profiter du succès de l’autre pour engranger monnaie en le dit-troquet !

Bon, c’était là théorie de Cendrillon qu’aucun personnage du comté n’aurait osé confirmer de peur de réprimandes, de coupage de vivres, d’envoyage aux galères ou, le pire d’entre tout, de ne pas être bientôt invité au bal où ses deux filles, hideuses, malpolies, stupides mais héritières reconnues d’une fortune maritale encore coquette, seraient offertes en dot aux deux plus valeureux -et il fallait l’être mais pas pour les raisons chevaleresques- des jeunes hommes présents.

Cendrillon, elle, ne verrait rien car Cendrillon n’était pas invitée sinon à poncer l’étable.

Au carnaval des cochons, on n’invite pas une biche ! Expression bien de chez eux qui, une fois, disséquée, semblait dire que de l’ombre, Marâtre et ses filles n’en voudraient pas et que la jeune Cendrillon avait tout du profil-parasol.

C’est vrai que Cendrillon était belle… Enfin… Elle avait un genou qui couinait à trop traîner près du sol pour récurer, et, à trop connaître des balais les manches, les coussinets de ses mains ressemblaient à des galets, et sa coiffure sentait la toile d’araignée tant elle se baladait dans des greniers infestés, et sa peau ridulait -si, ça existe !- à côtoyer d’agressifs produits ménagers… Malgré cela, elle aurait pu détourner du but recherché les plus beaux partis de la région.

Ce n’était pas franchement cool comme possible fin de conte et Cendrillon portait sur elle qu’elle ne supportait plus sa condition.

Aussi, pour une fois qu’on la sortait du trou où on la cloisonnait, qu’on lui donnait pinceau, elle se dit : « Voilà l’occasion de crier « Galère » ! »… Ou autre… Oui, il fallait qu’elle réfléchisse au bon et adéquat message.

Elle réfléchit, fomentant un habile plan ! Elle rédigea un quatrain pamphlétaire avec de belles rimes mais revendicatif quand même.

le jour vint où elle fut laissée, échelle à ses côtés, pour terminer le travail commencé… Déception ! Ne lui restait qu’une maigre place entre « Café » et « Verlaine » pour asseoir sa révolte ! Une maigre place où se glisserait un mot anorexique tout au plus.

Que faire ?

C’est alors qu’elle se souvint de ce jeune garçon qu’elle avait rencontré, encore toute jeunette, occupée qu’elle était à récurer le poulailler quand celui-ci, apprêté comme archi-duc, fils de notable ayant fui le cérémonial trop organisé auquel les grandes gens se prêtaient, s’en vint cueillir un oeuf pour son goûter.

Il la surprit, elle faillit crier. Le jeune homme était fort poli, il s’excusa, il discutèrent un peu, elle délaissant enfin ses corvées pour quelques secondes de légèreté. Il lui parla de lui mais surtout de son grand-père, valeureux second d’un grand empereur ayant en son heure connu une gloire fameuse.

Cendrillon sourit à ce souvenir, elle avait trouvé quoi écrire. Elle s’exécuta, remerciant fortement le jeune Cambronne d’être à sa mémoire revenu opportunément.

 

C’est donc l’excellentissime  Carnets paresseux qui, vaillamment, a repris le flambeau d’organisateur d’agenda d’Octobre et nous invitait à broder d’ironie sur la photo ci-dessus.

 

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17 réflexions sur “Concours agenda ironique d’Octobre 2017 : « Café Verlaine à Coupiac »

  1. C’est un régal, c’est un gueuleton, que dis-je, c’est un banquet de mots festoyant avant l’heure ! Magnifiques trouvailles qui font pâlir de jalousie les guenons-sœurs de la belle (un peu) décrépite et les lecteurs en panne d’inspiration. Le conte revisité à la sauce Thénardier, la scénographie grandiose des bas-fonds, l’imagination débridée d’un cheval dopé ! C’est pourquoi, personnellement de mon plein gré et en toute conscience, nous donc, décernons à la Patte, le Brocard d’Or, d’argent et de bronze de l’agenda ironique de ce mois. Pardon, les z’autres, vous aurez votre tour.

    • Merciiiii Anne, Louvain et La-Neuve, vous trois me faîtes trop d’honneur !!! J’aime tout autant « imagination débridée de cheval dopé », formule merveilleuse et explicite qui empourpre mes joues !!
      Pour le principe et par respect, nous attendrons patiemment le vote ; cependant, je vais quand même me faire fabriquer un trône… au cas où !!

  2. Bon jour,
    Je retiens ce morceau de choix (à mon goût) : «  »Au carnaval des cochons, on n’invite pas une biche ! » : quoique 🙂
    Max-Louis

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