Une sale et moche affaire du style louche : une enquête de Flanagan-Jonhson

La mousse sous le revêtement de cuir s’affaissa quand je m’assis. mes pieds frôlèrent le bar pour se poser sur le marche-pied.

Jimmy : « Comme d’hab’, Mr Flanagan ? un « Détective » on the rocks ? »

Le « Détective », un quart de Gin, Un quinzième de vodka, un tiers de demi de demi, deux louchées de limonade, une rondelle de pamplemousse, du sel, du poivre, des épices selon la disponibilité, shaké-non-remué, l’arme absolue contre tout coup de blues professionnel.

Mon geste du menton, imperceptible à l’œil du quidam moyen, fut capté par Jimmy. Jimmy savait, Jimmy me connaissait bien.

J’en avais bien besoin tant l’affaire sur laquelle je planchais actuellement était en cale sèche. Une sombre affaire de trafic d’arête de dorsale de requin à trois têtes bio servant à faire les joints de porte des véhicules électriques dont raffolent les végétaliens bio urbains.

Salop.. de B… de M… de Monde anti-capitaliste bio !

Lors d’une de nos entrevues où il ne pensa qu’à boire en regardant les filles danser, Smith, un de mes indics, docker du port maritime, me lâcha que la plaque tournante était une poissonnerie ayant pognon sur rue 6, avenue des gredins.

J’avais planqué 12 heures durant devant l’établissement sans rien noter de suspect sinon la fraîcheur de la dorade et le prix élevé du filet de lotte.

Je baissai pavillon en même temps que lui rideau, trouvant refuge salutaire dans mon bar favori histoire de remonter un peu mon alcoolémie et, par adjudication concomitante de degrés, mon moral.

J’étais ainsi depuis six mois, depuis une affaire rondement d’abord-mené qui s’arrêta-net-en-sucette sans qu’on sache pourquoi, sans qu’on arrête pour qui !

La ventilation épileptique tentait de brasser l’atmosphère moite de cette fin de journée canicule. Le silence des verres régnait déjà en maître, les quelques enivrés étaient emmurés dans leurs pensées et la télévision, rendue muette, ne traitait que de nouvelles agréables.

Cela bouillonnait dans ma tête. J’étais vidé. Jimmy porta le cocktail, je le saisis dans l’instant, le portant à la bouche comme j’observai Edmonds, autre habitué et du lieu et des déceptions, affalé sur sa table préférée, et de chagrin et d’ivresse.

Je recrachai instantanément, me levai et saisis cette fois le col du serveur.

« Jimmy, tu te fous de moi !!! Ces glaçons sont tièdes !

-Désolé, Mr Flanagan ! On est passés aux glaçons bio, on n’a pas droit à une température inférieure à 9° C pour éviter toute contamination germique ! »

B… de M… de P… de Chi… de société sanitairement au top ! les germes étaient renvoyés au rang de pire espèce !

« Pour me rattraper, je vous fais goûter un nouveau produit ! Une bière ambrée de la Réunion parfumée au litchi ! Vous m’en direz des nouvelles ! »

Décidément, Jimmy me connaissait mal ! Jamais, dans toute ma B… de P… de M… de vie, je ne m’étais abaissé à dire des nouvelles, et jamais je ne le ferais !

Il versa, la mousse prit trop de place, j’aurais dû lire ce signe avant-coureur. Je bus, à contre-cœur, c’est-à-dire, côté gauche du gosier… Immédiatement, mon larynx gauche se mit en détresse, irrité, brûlé, incendié… Je regardai l’étiquette… Mon Némésis !!

Tant bien que mal, je saisis mon portable. Ingrid décrocha du pied gauche :

« Ingrid, mon petit ! Désolé de vous déranger en plein pilates-yoga ! Nous partons ! Avez-vous votre maillot de bain ?

-Toujours dans mon sac en cas d’urgence !

-Bien ! Retrouvez-moi à l’aéroport ferroviaire, nous partons pour la Réunion !… « Il » est revenu, Ingrid !… Encore et derechef ! »

Épisode suivant 

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5 réflexions sur “Une sale et moche affaire du style louche : une enquête de Flanagan-Jonhson

  1. Muhaha je ne sais pas si je préfère la « poissonnerie ayant pognon sur rue » ou les glaçons tièdes car bio 😉 🙂
    Ravie que l’enquête redémarre 😉

    • Moui… Je me rends compte en relisant, et en verifiant, main sur la poitrine à l’appui, que le coeur est à gauche, pas à droite… J’en mettrais ma main sur le coeur… Pas à droite, à gauche !! B… de M… de P… de Salop… d’anatomie humaine !!
      Merci Val’ la magnifique !!!

  2. Nom d’une B… de M… de P… de salop… d’enquête. Ca va m’obliger à déterrer Sibelius qui coulait des jours tranquilles… à la Réunion justement sans jamais soupçonner que l’infâme D… campait devant sa porte déguisé en soubrette. Crotte, ça va dégommer, je le sens, je le sais, je le suppute ! Ambiance du tonnerre de Brest dans ce biobar : cette emblème de bière, ça fout les jetons.

    • Anne, si tu me prêtes autorisation en 15 exemplaires dûment paraphé devant notaire authentifié au barreau de Paris ou d’ailleurs, je tâcherai de faire vivre de Sibélius la plus belle version dans un futur épisode !
      Sinon, dans l’ordre de « ce qui fout le plus les jetons » le trio de tête mondial est :
      En 3) la crainte
      En 2) la bière à dodo
      En 1) la peur

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