Notre Drôme des pourris épisode 2 : une enquête génèsique cohérente du style qu’on suit avec plaisir, enthousiasme voire jubilation mais ça, c’est peut être à cause de l’éclipse solaire ?

Episode précédent

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Le container avait été décapité, son couvercle éventré gisant à 2m 36 et deux brouettes de 1m21 de long chacune du lieu de l’attentat.

Avaient été répertoriés et numérotés les acabits suivants : pièce à conviction 1 : 1 kilo de panais déchiquetés, PàC 2 : 3 brins de persil frisés, pièce moins convaincante mais dans le doute on note 3 : l’équivalent de 2 grosses poignées de lentilles corail importées illégalement ou supposées telles car non munies des papiers réglementaires.

La liste, longue comme une liste de courses bio, s’étalerait le lendemain dans les canards fans de choux gras et ce en dépit de l’absence de crucifères ayant des soucis de production de sébum parmi les victimes.

L’adjoint-directeur Monroe, que Flanagan connaissait bien, le tuyauta sur la lettre de revendication retrouvée à côté de la poubelle : clairement, c’était l’œuvre d’un maniaque car il l’avait écrite en vers et, franchement, qui écrit en vers de nos jours sinon un malade ou un littéraire ?

Les littéraires ayant tous été incarcérés suite à la loi de lutte contre les points de vue divergents -loi qui avait grandement servi la « pax muetti generali » voulue par l’état d’urgence mais mis en faillite nombre de bibliothèques publiques- il ne restait plus qu’un maniaque pour signer un acte autrement qu’en prose.

Dans la soirée, Flanagan reçut un mail de Monroe avec une copie de la lettre en pièce jointe. Envoyée sous un format peu usité, celui-ci ne put l’ouvrir; Monroe, qui n’était pas du genre à lâcher devant un contretemps, celui-ci fut-il informatique, lui renvoya le lendemain en pdf et ainsi, Flanagan put mesurer la folie du maniaque.

Des alexandrins gorgés de mots, avec des COI qui n’avaient même pas la décence de s’accorder avec leurs sujets, des adverbes invariables qui narguaient le lecteur aux entournures d’ellipses ponctuées de métaphores, bref un sacré P… de B… de M… de texte qui ne pouvait être né de l’esprit classique, sobre et Levy-esque de l’ensemble de la population.

« Ingrid, trouvez-moi la liste des poètes et des syndics en liberté surveillée ! »

Ingrid, qui avait l’art de tout trouver avec une souple souplesse déconcertante, Ingrid qui ne faisait même pas du pilates, Ingrid qui jouissait, entre autres, de ce souple très souple acquis depuis sa naissance, Ingrid lui fournit la liste en moins de temps que vous n’en mettrez pour terminer cette phrase.

Flanagan lisait donc depuis quatre secondes, en attendant que vous le rejoigniez, quand ses yeux, appelez-cela de l’intuition ou un P.. de B… de M… de talent, s’arrêtèrent sur un nom, un seul, commençant par un « D »… Un nom qui ne lui était pas inconnu car, voyez cela comme une coïncidence ou une P… de B… de M… de synchronicité pas innocente, l’individu en question avait déjà pointé le bout de son bec dans plusieurs de ses affaires précédentes sans qu’il ne soit plus incriminé que cela, la preuve en étant qu’il était toujours en liberté.

Renseignements pris, l’animal créchait dans un nid près de la gare portuaire.

Le détective laissa Ingrid qui tapotait souplement très souplement sur la machine à écrire un rapport lambda et fila prestement interroger le bestiau.

épisode suivant (Quoique !!)

 

 

 

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13 réflexions sur “Notre Drôme des pourris épisode 2 : une enquête génèsique cohérente du style qu’on suit avec plaisir, enthousiasme voire jubilation mais ça, c’est peut être à cause de l’éclipse solaire ?

  1. C’est une P… de B… de M… d’enquête dont les ramifications à la fois prosaïques (pensons aux épinards frais et à leurs tristes conséquences colorées sur les selles des enfants en bas âges même bios) et totalement poétiques de chiasme, d’oxymore, d’antithèse et de péripatéticiennes nous la jouent à la fois éminemment élastique vu la plasticité d’Ingrid et terriblement intellectuelle eu égard au sang froid méthodique de Flanagan-Johnson au meilleur de sa forme versificatrice. Du grand art.

    • Comment ça, des péripatéticiennes ??? Pourquoi pas des putes aussi !!???… A moins que là ne soit que métaphore pour exprimer l’enivrant empire des sens suintant de cette histoire éboueur-issante ?

  2. Franchement, ça donne froid dans le dos !
    Les épinards même pas cuits, une production de glandes séborrhéiques QSP un an de crème de nuit pour peaux mixtes à sèches et de préférence mixtes pas trop grasses, pour éviter les retombées huileuses ou rances, et si en plus les poètes sont tous sous les écrous, j’en conclus que le monde bio, de brouette en brouette, est devenu fou.
    Tiens donc, et si l’agenda de mars y était un peu pour quelque chose ?
    Sueurs froides de la folie, quand mars te tient le scalpel !!

  3. J’ai cru que tu allais nous emmener vers une dystopie au moment de « Ingrid, trouvez-moi la liste des poètes et des syndics en liberté surveillée ! »….
    Et puis non !!
    Je me régale à tout lire d’un coup 🙂

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