Concours agenda ironique Octobre 2016 : les nuits

Laurence Délis nous accueille ce mois d’octobre et ouvre notre champ d’inspiration sur les nuits longues qui viennent à nous ce mois.

ciel-rose-violet-soleil-nuit

Un sourire

Une nuit, embauchée en CDD pour exercer dans le secteur de Bornabourg-les-galoises ce 20 Octobre juste passé, prit poste, comme précisé dans l’ordre de mission, à 18h32. Le soleil signa la lettre de décharge et s’en fut pendant que la Lune prenait son quart.

La nuit commença à déplier sa nappe sombre sur les champs du père Marcel et ce fut pour lui une agréable venue car elle annonçait la fin du labeur, le retour au chaud et devant un bouillon mérité. Il lui tardait de poser ses arpions près du feu et de s’endormir.

La terre qu’il avait sillonnée de meurtrissures toute l’après-midi trouva elle aussi réconfort de quelques heures pour panser ses plaies. Les écureuils sautèrent illico du châtaignier en quête d’une graine mal enfouie, ils furent suivis par la faune nocturne.

La nuit laissa ce p’tit monde s’affairer et poursuivit son chemin; comme elle avançait son drapé vers le bosquet des perles, elle entendit quelques voix l’haranguer.

Plus habituée à ce qu’on la fuit plutôt qu’on ne l’interpelle, elle stoppa sa course, fureta entre les arbres et vit, attroupés autour d’une cabane en bois rudimentaire, 3 garçons et deux filles.

« Madame la nuit ! S’il vous plaît ! Donnez-nous quelques minutes encore ! Nous avons presque fini le toit ! » lui demanda un des garçons.

– C’est que… Je ne fais pas vraiment ce que je veux, je dois respecter le timing sinon…

– Quelques minutes, s’il vous plaît ?… Si vous atteignez les maisons en contrebas, mes parents vont m’appeler dans la foulée et il nous faudra abandonner, or, il va pleuvoir ce soir… »

La nuit se retourna et vit de lourds nuages noirs ballotés par un vent guère plus cordial cavalant à leur rencontre. Ceux-là noieraient tous les espoirs de nuit douce.

« Je… » hésita-t-elle  » Je peux peut être bifurquer à droite et revenir en un arc-de-cercle. Vous y gagnerez un petit quart d’heure ! »

Les enfants crièrent de joie et leurs chants joyeux l’accompagnèrent en son virage.

Cette nuit avait été jeune également, sans expérience, à devoir apprendre son métier en des endroits perdus où nulle âme ne remarquerait l’éventuelle fausse note, le violet là où le rouge était attendu, ou inversement.

Pour premières affectations, on ne lui avait confié qu’aurores à faire poindre au relais d’une nuit plus chevronnée, puis elle avait assuré nombre de crépuscules, étape plus délicate, avant de passer la main à plus aguerrie pour gérer la grande pénombre.

Monter en responsabilités demandait application, conscience professionnelle et courage; heureusement, elle avait été prise en affection par une nuit des plus anciennes, qui en avait tant à raconter et l’amenait parfois avec elle quand elle travaillait; la jeune passait les heures sombres à l’écouter évoquer les aurores boréales qu’elle avait maintes fois dirigées et quelques épiques levers de soleil -soleil dont elle se vantait d’avoir passé mot de demandes de rendez-vous à la Lune, oui elle même !- sur des villes ou canyons mythiques.

Celle-ci lui avait surtout dit de ne jamais oublier qu’elle n’était que le serviteur de l’Univers et, qu’en cela, il fallait respecter de chaque être les demandes, tâcher d’y répondre au mieux, toujours rester humble, fussent-elles détentrices de la moitié du jour.

Cela, la nuit s’était juré de ne jamais l’oublier. Quand elle revint vers le bosquet des perles et fit un crochet vers le bouquet de maisons pour achever son œuvre, elle vit le garçon courant vers le hameau.

Celui-ci s’arrêta, sourit et, quand elle passa au-dessus de lui, il lui envoya un bisou.

Elle le recueillit, il avait le parfum des plus belles nuits étoilées.

 

21 réflexions sur “Concours agenda ironique Octobre 2016 : les nuits

  1. La trajectoire de ce bisou ne prend pas la tangente on dirait, c’est un peu géométriquement cosinusal avec une partie du cadran solaire retardant l’arrivée du jour, toujours aussi brillante, ton inspiration, Patte.
    Tout comme Jacou33, je suis sous le charme.
    Quelle est la marque de ton encre de velours, que je recharge la cartouche de mon stylo plume ?
    Bises Patte-de-velours. 🙂

  2. Et tout ce qui apparaît aux sens devient vivant car chaque chose nous parle et nous renvoie à la vie qui traverse notre temps. Il est doux d’y trouver quelques inspirations comme celle-ci. Merci.

  3. Tendre est cette nuit qui se rappelle sa jeunesse 🙂
    Et ce garçon n’est pas ingrat ….
    Bisess de 21h43 , la nuit est bien installée et me murmure elle aussi 🙂

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