Carnet de bord du capitaine

mer

20 Janvier 2016

Mer calme ce matin.

Nous avons essuyé un sérieux grain ces trois derniers jours et accueillons avec joie l’accalmie. La fatigue est présente mais le moral n’est pas atteint.

Nous voguons depuis trois semaines. Destination inconnue.

Nous avons encore pour 346 jours de ravitaillement solidement arrimé dans les ballasts et, sauf fringale ou changement de régime alimentaire, cet élément ne sera pas source de problème.

Je regrette toutes les années d’études passées à jouer avec le compas plutôt qu’à en acquérir les subtilités. Du coup, je reproduis sur la carte des ronds, des ronds, des ronds, de différentes dimensions sans véritable ligne directrice.

C’est ainsi.

L’équipage semble avoir totale confiance en moi. Si je ne puis nier que le but de cette traversée m’est encore mystère, j’ai foi en leur intuition.

Mes états de service plaident en ma faveur, j’ai toujours ramené à port, bon ou moyennement bon, les 39 odyssées précédentes et, l’expérience comme jalon, je devrais encore une fois atteindre cet objectif.

J’ai cependant apporté quelques modifications à mon mode de navigation. Je m’appuie désormais sur les étoiles et fais confiance au vent pour guider notre route. Le quartier-maître a ordre de me rendre compte de tout virement de sens brutal afin d’accompagner le mouvement plutôt que de vouloir forcer et de risquer d’abîmer le matériel.

S’il a essuyé quelques sévères tempêtes, l’ensemble s’avère en excellent état, la visite de contrôle d’avant-départ l’ayant confirmé .

Bien sûr, il y a quelques points sensibles. La cambuse semble le point névralgique. De sa capacité à digérer les éventuelles péripéties dépendra la pérennité de l’ensemble.

Le mât est, lui, à toutes épreuves.

Après avoir subi quelques bourrasques lors des voyages précédents, l’équipage l’a méthodiquement et petit à petit consolidé en partant de la base et je dois dire que le travail effectué me plaît.

Les voiles, déchirées les unes après les autres, ont été remplacées par de nouvelles plus légères sans qu’elles soient plus fragiles. Le gréement a également été revu et optimisé. La plus grande satisfaction reste la timonerie. Du poste de pilotage, la vue est plus claire et dégagée, le gouvernail répond instinctivement et efficacement, ce qui rend la navigation bien moins chaotique.

Le vaisseau a ainsi gagné en maniabilité et en adaptabilité aux conditions extérieures, n’est plus sujet au roulis, très peu au tangage et ces derniers jours, qui n’ont donc pas été de tout repos, l’ont prouvé.

Enfin, l’état d’esprit général est à souligner, on sent une vraie synergie et une complémentarité de chaque instant pour avancer ensemble et pour le bien commun.

A cette heure, la grand voile est hissée, j’ai fait servir double-ration en récompense des efforts fournis dans la tempête, nous filons à vive allure et les embruns délicats lavent le pont comme les cœurs, le soleil perce l’horizon, nous appelant à lui.

C’est un honneur d’être le capitaine de ce bateau.

5 réflexions sur “Carnet de bord du capitaine

  1. C’est une belle croisière d’adaptabilité que tu nous décris là, destination inconnue, ouverture à la découverte, je comprends que tu sois si honoré d’être le capitaine.
    Une telle démarche marine demande un lâcher-prise hors du commun.
    Bon vent à toi.

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