LTJDNV – scène 23

Batterie à plat, le portable avait arrêté de crachoter la musique, laissant Juliette achever à tue-tête le refrain.

Ce contre-temps mit fin à la douche de 10 minutes, elle fit pivoter la vitre, dût faire deux pas pour attraper la serviette oubliée près de la vasque.

La salle de bains était sans chauffage, sa peau bourgeonna et elle se sécha vigoureusement, piétina et souffla rapidement pour tenter de réchauffer son corps. Puis elle trouva une deuxième serviette pour enrubanner ses cheveux, joua avec ses pommettes pour vérifier l’élasticité de ce visage pâlot, jugea tout maquillage superflu pour l’heure, fit un concours de sourires avec la glace qu’elle emporta haut-les-dents. Elle tapota l’écran du portable mais la batterie ne s’était pas rechargée par magie.

Ses pieds encore humides jalonnèrent son retour à pas pressés vers la chambre. Une clarté bien plus vive baignait le lit. Le chat n’était plus là. Elle arrangea les draps rapidement, épousseta un oreiller tombé au sol durant la nuit.

« Probablement au moment du baiser fougueux ! » conclut-elle. Elle passa vite là-dessus, elle avait envie de sourire ce matin et, de même que les nuages avaient passé leur tour, les mauvaises ondes étaient priées d’aller voir ailleurs.

Elle ranima le portable en le branchant et celui-ci annonça neuf heures trente. L’heure de préparer un café en attendant les croissants promis par Alexandre.

Elle prit son jean’s de secours, un t-shirt rose, jeta les affaires de la veille en boule dans sa valise et elle descendit. Toujours pas de chat. Où pouvait-il se cacher ? Elle l’appela mais il ne daigna pas répondre.

Elle alluma la radio postée près de l’évier, les ondes atterrirent sur un air connu qui convenait à l’instant, elle versa de l’eau dans le réservoir de la cafetière, dénicha philtre et café moulu dans les placards, appuya sur « on » et laissa l’appareil faire sa part du travail.

Tour du propriétaire, elle vit la fenêtre entrouverte, jugea que le chat s’était probablement échappé comme la nuit dernière.

Elle l’ouvrit en grand, fit de même avec les baies donnant sur la terrasse pour créer un courant d’air, elle s’assit sur le banc face au soleil montant.

Un homme sur un tracteur passant sur une route à cent mètres la salua. Juliette se leva, lui répondit puis se rassit vite de peur qu’il ne remarque son erreur, s’interroge sur cette étrangère chez Alexandre.

Quoique, dans les petits villages, tout se sait avant l’heure. Peut être savait-il ? Peut être savaient-ils tous qui elle était ? Peut être qu’ils avaient tous lu le « Petite Juliette illustrée, ses frasques, ses folies », qu’elle n’avait aucun secret pour eux.

Peut être que cet homme qui l’avait saluée la connaissait mieux qu’elle ne saurait jamais… Elle aimerait bien lire ce livre, peut être y revisiterait-elle sa vie, appréciant ce qu’elle croyait être une grossière erreur, mourant de honte devant ce qu’elle avait jugé anodin.

Le monsieur au tracteur était parti « tracturer » un champ loin de sa vie sans même se douter de l’incroyable destin qu’il avait salué il y a une minute.

L’incroyable destin avait bien envie d’un café !

A la radio, un rock furieux, Juliette fut saisie par la transe en plein salon, commença à imiter Keith R. à travers le salon, riff de guitare brutal, finissant allongée sur le divan le sol étant trop dur pour se jeter dessus, puis elle se releva, croisa un chat de retour mais pas mélomane qui fila à l’abri sur la table pour éviter la furia.

C’était le bouquet final, Keith-Juliette moulinait du bras gauche des grands ronds retombant violemment sur la guitare imaginaire.

Silence, jingle et une voix, dans son dos.

« Encore Keith ! » D’un bond, elle se retourna, jambes arquées, final pédale wah-wah.

« Toujours Keith, mon cher Alexandre !… » Ouf, il était seul, elle évitait honte et dossier supplémentaire sur « Mental-Juliette ».

 » J’ai des croissants ! Comme prévu !

– J’ai du café !… Et tu as des choses à me raconter ! »

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13 réflexions sur “LTJDNV – scène 23

  1. J’en profite pour remercier MyoPaname et Amandine qui, comme quelques autres, sont des lectrices assidues et laissent toujours un p’tit signe de leur passage ! Et j’apprécie vraiment cela !

      • Carnets, j’ai com’ projet de tout relire, tout réécrire… Comme je compte commencer -ou finir- 2-3 jours avant le 26 Gidouille au mieux, tu as tout autant le temps de commencer à entrevoir la possibilité supposée que tu puisses tantôt envisager de penser à trouver quelques minutes pour faire cette chose que tu as à régler impérativement afin d’en être déchargé le jour où tu auras l’intention d’entamer cette lecture !
        Merci à toi !

      • Le 26 Gidouille étant équivalent au 10 juillet, le lecteur supposera que ce sera l’année prochaine, ou que le remonteur de temps n’a plus de secret pour l’auteur, autant dire donc que si la deuxième hypothèse est juste, le projet est déjà réalisé…

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