LTJDNV – scène 20

 

Alexandre se réveilla en sursaut. « Juliette ! » il avait oublié de prendre de ses nouvelles.

L’écran du réveil annonçait 3 heures 31 du matin. Il  se tourna vers Elsa, cachée sous les draps, paisiblement endormie. Il fit silence, elle ne broncha pas.

Leur fin d’après-midi avait été intense : il se revoyait lisant le sms qu’elle lui avait envoyé. « Bien sûr que je veux venir te voir. » avait-il répondu. Le temps de déposer Juliette et il était garé devant chez elle.

Ils s’étaient pris dans les bras, s’étaient ainsi libérés de cette peur qui les avait écrasés de longues heures durant. Il l’avait embrassée, elle l’avait invité à rentrer, lui avait proposé un verre d’eau.

Elsa sourit nerveusement et le silence s’installa comme il but une gorgée.

Elle osa : « Je… Il faut que je l’exprime ! Je m’en veux, je me sens… Conne…

– Tu n’es pas… Je comprends, tu sais…

– Je sais !… Tu me comprends toujours, tu es d’une infinie patience !… Toujours ! Mais ça ne fait pas moins de moi une conne… Aujourd’hui, c’était… D’une violence… Je n’ai rien contrôlé ! »

Il se turent.

 » Je ne sais pas comment tu fais pour me supporter quand je suis comme ça ?

– Je dois être aveugle ! » lâcha-t-il dans un grand sourire.

« Je suis sérieuse, tu sais !

– Moi aussi ! J’ai bien dû être aveugle pour ne pas voir ta détresse avant ! J’aurais dû m’en rendre compte !

– Ce n’est pas Juliette, tu sais ! C’est juste que… J’ai peur ! C’est tellement bien, nous deux, c’est… J’ai peur que tout s’arrête, ça me terrorise quand j’y pense !

– … Moi aussi j’ai peur… Comment ne pas avoir peur ?…

– …

– Nous sommes beaux !

– Oui, une conne et un aveugle !… « Ne sont-ils pas merveilleusement assortis ? »

– … Eh bien… Nous allons bien ensemble, c’est vrai !… Et peut être que, sans… Sans tes pertes de contrôle… « Tes légères pertes » crut-il bon de rajouter.

« Légères comme une plume ! » Fit-elle d’une moue.

« Oui, une plume toute légère !… Eh bien, sans ça, mon aveuglement ne saurait s’exprimer avec tant d’aisance.

– Merveilleux ! Nous nous complétons dans l’abîme !

– L’abîme avec toi, c’est agréable !

-… C’est mignon, ça fait un peu « Et mes défauts ? Tu les aimes, mes défauts ? »

– Ils font toute ta qualité !

– Nous sommes sauvés alors !… Si je suis « de qualité »…

– J’en suis convaincu !

Il la prit dans ses bras, elle se lova, ils restèrent de longues minutes sans chercher de mots à prononcer. Seulement laisser exprimer le soulagement de ne pas s’être perdus; ils s’embrassèrent tendrement, s’embrasèrent également.

Elsa prit la main d’Alexandre, l’entraîna à sa suite jusqu’à la chambre; il referma la porte derrière eux et au devant de leurs doutes.

Une heure plus tard, ils étaient toujours allongés côte à côte sur le lit, éteints par l’étreinte.

Elle se releva : « Je veux être moins conne, tu sais…

– J’ai l’intention d’être moins aveugle !

On pourrait faire un pacte !

– Oui !

– Tu crois qu’on s’aimera toujours autant quand je sera moins conne et toi moins aveugle ?

– On s’adaptera !

– On essaiera de mieux communiquer aussi…

– Bien communiquer, c’est la panacée !

– Tu as envie d’aller vers cette panacée avec moi ?

– J’ai envie de multiples choses avec toi !

– Oui ! » Rougit-elle. « J’ai eu un petit aperçu…

– « Petit », c’est vexant !

– Tu préfères « un grand éventail » ?

– Oui !… C’est mieux !… Bien mieux !… Conforme à la réalité !

– Tu sais ce que j’aimerais à cet instant, Monsieur Conforme ?

– Je t’écoute !

– Manger des pâtes !

– … Ok !… Des pâtes, c’est bien… Nous pourrions avoir besoin de sucres lents. »

Ils posèrent une casserole remplie d’eau sur le feu, vidèrent dans cette eau frémissante des pâtes qui s’ébouillantèrent trop longtemps comme ils s’adonnaient à d’autres activités, pâtes qu’ils vidèrent en catastrophe dans une passoire où elles eurent tout le temps de s’égoutter puis de s’agglomérer avant qu’ils ne tentent un ultime sauvetage dans le four avec un peu de chapelure.

Hélas, elles s’y brûlèrent les ailes, attendant qu’ils réapparaissent vingt minutes plus tard. Elles finirent dans la poubelle, remplacées par une boîte de petit pois qui n’eut qu’un maigre quart d’heure de gloire.

« Cela ressemble à notre troisième rendez-vous ! » Dit Alexandre. Un rendez-vous chez lui, au prétexte de cuisiner ensemble et qui avait sacrifié à leurs instincts animaux une pièce d’agneau.

Retour en chambre, retour au lit. Il jouait avec l’une de ses mains, lui caressant chaque doigt avec grande attention; Elsa commençait à céder face à l’endormissement quand elle murmura :

– Un jour à la fois donc !

– Oui !

– Aujourd’hui s’est bien fini.

– En effet !… Et, comme il est Minuit et demi, on peut dire que demain a fort bien commencé.

– Alors, tant mieux…

– Oui… C’est très bien comme ça.

– Je m’endors… »

Elle se blottit contre lui. Elle s’assoupit presque immédiatement. Il sentait son pouls ralenti. Il la rejoint vite au rythme de ce coeur qui battait sereinement. Ce coeur qui battait en partie pour lui..

Trois heures plus tard, comme il essayait de se lever le plus discrètement possible, elle esquissa un faible geste en marmonnant quelque chose d’inintelligible.

«  Je... » Il jugea l’information inutile à cette heure-là. « Je vais chercher un verre d’eau… Je t’en ramène un ! »

Elsa hocha microscopiquement la tête et repartit dans ses songes.

Le salon était éparpillé par leurs ardeurs du soir. Il trouva son pantalon au pied du divan, le portable dans une poche, sans message reçu.

Il réfléchit, craint de réveiller Juliette, écrit quand même un « Désolé de ne donner des nouvelles qu’à cette heure. Tout va bien, on se voit tout à l’heure, je porte des croissants. Bisous » qu’il envoya.

L’écran lui indiqua que c’était fait. Il reposa son portable sur la table du salon et partit remplir un verre d’eau.

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2 réflexions sur “LTJDNV – scène 20

  1. Contente de revenir lire LTJDNV ! Un chapitre plein de tendresse, ça fait du bien à l’âme. Hop la suite!

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