Être et laisser être *

 * Citation empruntée à Alexandre Jollien qui l’a peut être cueillie ailleurs.

Qu’y a-t-il de plus difficile à effleurer que cet abandon-là ?

Abandon a longtemps été un mot tabou dans ma bouche. Je n’en voyais que l’expression « Être abandonné », la blessure gravée au fond de moi ainsi que la peur cachée derrière. Peur de la perte, peur de la solitude, peur de la Mort. Emotions étouffantes.

C’est une blessure active en moi, que je sens brûler dans ma poitrine quand je l’évoque où à chaque fois qu’elle se propose dans mon histoire.

Difficile de vivre avec ce genre de réalité : une dépendance comme phare de vie.

Je n’aimerais rien plus que de me trouver seulement des qualités ou sinon des traits de caractère avec lesquels il me serait facile de composer.

L’abandon est là. J’ai cherché ailleurs, chez l’autre, dans quelque activité un remède. J’ai surtout mis beaucoup trop d’attente en l’autre. Aujourd’hui, j’admets que cette course-là était sans espoir, je sais que je ne peux demander cela.

Comme bien souvent, tout n’est que lecture et le sens que j’attribuais jusqu’alors au mot « abandon » reflétait toute la négativité qui obscurcissait exclusivement mon regard sur la vie.

Je dis bien « exclusivement » parce qu’elle est toujours un peu présente, elle sera toujours présente; quitte à moi de faire pencher la balance que je suis vers l’autre plateau de plus en plus souvent, de plus en plus longuement.

Je trempe la patte dans la positivité. Je me réconcilie pas à pas avec le terme « s’abandonner ».

Pas à pas car c’est une affaire de résistance, mes anciennes -mauvaises s’il fallait leur donner une couleur- habitudes qui résistent à disparaître, moi qui résiste au changement. Encore un peu de peur.

Un autre mot a longtemps provoqué en moi une poussée d’urticaire cérébral : « Lâcher-prise ».

Que faire de ça, à quoi cela rime-t-il ?

Si je sais maintenant qu’on parle ici de lâcher toute résistance, je lui préfère cette nouvelle expression « Être et laisser être ».

Plus claire, moins floue, pas moins difficile à mettre en oeuvre.

Mais l’idée est là :

– laisser couler toutes ces pensées qui n’attendent pas de réponse, qui n’ont pour but que d’encombrer, de remplir l’espace vacant, les accepter sans choc frontal, les voir disparaître dans l’instant;

– ne plus ressentir le besoin de faire quelque chose, d’être quelqu’un parce que ce quelqu’un est forcément déjà autre que moi, simplement être;

– ne plus attendre d’autrui qu’il remplisse ma vie. Ne pas attendre, c’est ne pas risquer d’être déçu;

Je suis, comme vous je pense, enthousiasmé par le message et inquiet quant à la possibilité de le mettre en place réellement et durablement dans ma vie.

Déjà, à cet instant, je ne suis plus moi parce que je pense à ce que je dois faire. La barrière est vite franchie, toujours être vigilant.

Simplement être.

Il est des fugitifs instants qui, je trouve, reviennent plus souvent,durent plus longuement, où je ne joue pas un rôle, où les autoroutes de la pensée ne font que passer sans percuter mon être, des moments où ce qu’est l’autre n’est pas une pollution pour mon mental, où il est ce qu’il est et c’est très bien.

De beaux moments que ceux-là.

Des moments de vide. Les premières fois où j’ai expérimenté ce « vide », j’en étais gêné, mal à l’aise, comme devant un trou béant, je ne savais comment me comporter.

Être était la réponse. C’est la plus simple mais aussi la plus difficile à me proposer.

Mais, avec patience, courage et confiance, il semble qu’elle vienne à moi de plus en plus facilement.

Sans culpabilité aucune puisque je fais toujours du mieux que je suis.

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6 réflexions sur “Être et laisser être *

  1. Je suis le même chemin. S’accepter, sortir de la culpabilité, c’est sortir de la dépendance et de l’auto-sabotage, de l’auto-destruction…

  2. Très simplement épatant, Monsieur Patte. Votre encre est plus que plaisante, elle est, tout simplement. Remarque bien que le vous ici vient souligner tout le profond respect que ça vient susciter. Oh combien difficile est de trouver ce positionnement juste.

  3. Pff que d’écho dans tes propos ! … C’est étrange comme je ne sais l’exprimer qu’à travers mes romans… Cela dit, c’est déjà Être que de le poser quelque part…
    Merci…te lire fais du bien 🙂

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