LTJDNV – scène 19

 

21 heures passées. Juliette avait tenté d’appeler Elena mais comme souvent, celle-ci n’avait pas décroché; avec son amie, il était toujours plus simple de laisser un message et d’attendre qu’elle rappelle.

Ainsi, peu avant 22 heures, son portable se réveilla en sursaut. Juliette décrocha, bruit infernal dans l’écouteur, voix métallique, Juliette proposa un « Attends !… » comme elle parcourait la maison en quête d’une meilleure connexion; elle avait terminé sa recherche, assise sur la table de la terrasse… Juste deux mots inaudibles, toujours ce bruit en fond, à peine atténué; la communication coupa. Juliette regarda l’écran de son téléphone qui indiquait pourtant deux ou trois barres en alternance.

Attendre qu’Elena rappelle.

L’air était bien plus doux qu’elle n’aurait cru. L’obscurité avait chassé le vent de l’après-midi et la terre semblait exhaler la chaleur emmagasinée la journée durant.

Elle s’était installée face à la chaîne montagneuse dont elle lisait la dentelure au reflet de la lune, elle avait déposé la couverture à sa gauche, son pull suffisait amplement.

Monsieur le chat était sorti lui aussi. Juliette fut surprise par tant de témérité. Il se roulait par terre, déplaçant la poussière autant qu’il en recouvrait son pelage, s’arrêtant pour lui lancer une oeillade charmeuse puis retournant à ses gesticulations.

« Viens, Monsieur le chat ! »

Celui-ci se remit sur ses pattes, vint au pied de la table, sembla hésiter, manie récurrente, puis, d’un bond vif, atterrit sur ses genoux, tourna sur lui-même en se frottant contre ses bras et son ventre, ronronnant au plus fort de ses capacités comme elle tentait de l’épousseter au mieux.

Puis il se posa.

« Tu ne fais pas les griffes ! » Peine perdue. Le pull souffrirait de cette marque d’affection.

La nature bruissait en fond, un hibou gérait les choeurs pendant que les grillons rythmaient le tempo.

Juliette étendit la couverture et se coucha pour faire face à la voie lactée. Une étoile qui scintillait plus que les autres lui fit la sérénade.

Le portable sonna. Elena.

Le chat partit, sentant qu’il n’était plus son seul au Monde.

« Coucou Elena ! »

Le débit rapide de son amie la ramena en un instant à la capitale. Juliette ne réussit pas à en placer une dans les trente premières secondes, Elena s’excusait, elle avait coupé car trop de bruit autour, une super soirée, un nouveau bar, « encore un truc qui déchire », « Dommage que tu ne sois pas là ! » et « Je ne t’entendais pas, j’ai dû sortir pour te rappeler. »

Juliette eut un consciencieux rapport sur Matou et l’appartement qui allaient tous deux très bien quelques heures auparavant.

« Et toi ? » vint finalement.

Juliette raconta sa journée, Elsa, Alexandre, elle et le chat seuls ce soir.

« Ah oui ! Tu tiens le coup ? »

Pas si facile que cela de résumer ce qu’elle ressentait. Juliette aurait eu besoin de prendre le temps mais elle savait que, ces derniers temps, Elena n’était disponible pour personne sinon pour elle-même. Rémission de couple pour elle aussi mais plus récente, donc elle étouffait le deuil dans l’hyper-activité. Juliette avait déjà été surprise qu’elle accepte d’aller s’occuper du chat entre deux noyades dans le trop-plein de monde.

Elle éluda d’un « Je gère ! Je vais bien… On en parle quand je rentre. » et, en réponse, un « Je vais te laisser alors… » fut déposé comme un soulagement. Juliette acquiesça.

« Merci pour le chat ! Bisous Elena ! Bonne soirée.

– Bisous ! A toi aussi ! »

Juliette laissa le portable glisser de ses doigts à côté d’elle.

Elle sentit la table frémir. Le chat s’approcha, posa un bout de coussinet sur son épaule, la reniflant.

« Viens, le spectacle commence ! »

Il vint se lover entre son bras et son buste. Ils regardèrent une étoile filante fausser compagnie à une constellation, guettèrent la prochaine fugitive.

« Tu sais, Monsieur le chat ! Ta compagnie me plaît ! »
Oui, elle appréciait vraiment ce bout du monde si calme. Paris ne lui manquait nullement.

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8 réflexions sur “LTJDNV – scène 19

  1. Je vais devoir lire les épisodes précédents comme j’arrive en cours de route… Et en commençant par le premier de préférence!
    Ta description du chat est frappante de vérité. On voit que tu aimes ces merveilleuses bestioles.
    Nous aimons les chats aussi mais nous ne savons pas comment faire en partant la moitié de chaque mois en Bretagne (en avion), donc, n’en avons pas depuis le décès de notre chat exceptionnel, Raspoutine.
    Bonne soirée,
    Mo

  2. D’une écriture brève et précise, l’ambiance de simplicité exhale parfaitement toute la douceur qui s’en dégage. Juliette et le chat d’Alexandre se sont trouvés. Cette petite scène de vie ordinaire sent bon la sérénité, en opposition avec l’agitation bruyante de la vie parisienne. Il y a quelque chose de touchant dans ce texte.

  3. Bon je confirme mon impression… Mais le chat est là et ça c’est une belle générosité 🙂
    La pause est finie… Merci une nouvelle fois pour le moment passé à te lire. Belle journée !

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