LTJDNV – scène 17

Elsa l’attendait à l’embranchement du sentier.

La dernière fois qu’Hugues était venu chercher sa soeur en catastrophe, c’était en gare de Toulouse il y a deux ans. Elle avait quitté une situation en désespoir et il l’avait recueillie. Elle s’était reconstruite depuis.

Il s’était garé, elle lui avait souri timidement, accompagnant cela d’un petit geste de la main et elle était montée côté passager, sans un mot, les yeux embués.

Pareil cette fois-ci. Juste un léger bisou sur sa joue. Il n’avait rien demandé, il avait redémarré.

Ils roulaient depuis quelques minutes; Elsa avait éteint la radio et, sans musique, rien pour diluer l’atmosphère chagrin qui régnait dans l’habitacle.

Alors, elle avait ouvert la fenêtre en grand et s’était penchée, comme pour sécher ses larmes dans le vent frais, que celui-ci emporte avec lui toutes ces émotions qui sillonnaient son corps et qu’elle peinait à comprendre.

Il ne demanderait pas. Son grand frère savait rester à sa place, attendre qu’elle soit prête. Il était avec elle d’une infinie patience; ils avaient ce lien rare qui ne se nourrit pas de justifications et elle pourrait bien rester silencieuse jusqu’à la fin du trajet.

Mais elle sentit qu’elle avait besoin de parler.

« J’ai… » Elle remonta la fenêtre. » Je mets un peu de musique, ok ? J’ai l’impression de veiller quelqu’un… » Elle mit le volume quasiment en sourdine. « J’ai merdé !

– Je veux dire… Il y a son amie d’université ! Juliette !… Et j’avais dit à Alexandre que ça ne me posait pas de problème… Seulement… Je ne comprends pas, je suis montée dans les tours, je me suis sentie en danger… Comme souvent d’ailleurs… Avec ses amis, je ne comprends pas, je perds tous mes moyens, je suis jalouse, je …

– Tu as dit ça à Alexandre ?

– Je n’ai pas su dire grand chose !… C’est monté en moi sans que je puisse maîtriser quoi que ce soit… D’habitude, j’arrive à me contrôler… Et … Et voilà ! C’est sorti !

– Ok ! Et Alexandre ? Que t’a-t-il dit ?

– Je ne sais plus ! Je suis partie, il m’a rejoint, il m’a prise dans ses bras !… Il m’a dit qu’il était là, si je voulais et tout ce que j’ai su lui dire, c’est que j’avais besoin d’être seule… Puis, je t’ai appelé. Et il est parti retrouver Juliette parce qu’il l’avait laissée en plan dans la montagne.

– Bon… C’est pas trop grave tout ça ! Un aveu de faiblesse, ça arrive aux meilleurs d’entre nous !

– … J’ai un peu merdé quand même…

Hugues prit un ton théâtral : « Une catastrophe ! Tu dois être la première à ne pas réussir à communiquer avec ton compagnon… »

Elsa ne répondit rien.

« J’ai peur des bestioles, Elsa ! Tu savais ça ?… Moustiques, lézards, guêpes, la totale !… Quand on s’est installés ici, Emilie et moi, j’ai pété un cable ! Littéralement ! Je fermais toutes les fenêtres dès que la nuit tombait de peur que la lumière les attire, je sursautais dès que quelque chose voletait autour de moi, je me suis renfermé sur moi… A un point ! Tu ne peux imaginer ! Une peur panique ! Inexplicable !… Elle s’est trouvée désarmée face à ma réaction. Tu crois qu’elle m’a quitté pour ça , parce que j’ai exposé au grand jour une faiblesse ?… J’ai pris sur moi, je me suis bougé !… Elle a été patiente, elle a accepté, elle sait que je ne suis pas parfait… Elle ne me le demande pas…

– …

– Pareil pour les amis d’Alexandre, tu es capable de prendre sur toi, de grandir… C’est à ça que ça sert, les relations, à te mettre face à tes limites et à les dépasser, à grandir !…

– S’il m’en laisse le temps…

– Cela dépend  aussi de toi ! Déjà, lui verbaliser tes peurs… Quant à lui, s’il ne peut pas, ben… Mais, à voir le gars, comment il est avec toi, je pense qu’il est assez amoureux pour te laisser tout le temps qu’il faut… A condition que tu te remettes en question aussi…. Après, tu sais, il a ses valises lui aussi !

– Oui… Oui… Sûrement…

– Elsa, Alexandre n’est pas né sur un piédestal ! Il n’y a que toi qui crois ça…

– …

– D’ailleurs, je ne comprends pas qu’il soit autant accro de toi… Tu devrais te méfier, tu as peut être là une piste de vice caché !

– T’es con ! » puis « Merci, j’avais besoin de rire…

– Juste pour te dire qu’il faut relâcher la pression… Arrivera ce qui doit arriver… »

Une improbable chanson en occitan roulait des « r » et des épaules en vantant le bon air du coin.

 » Comment fais-tu pour faire preuve de tant de sagesse, Hugues ?

– Le privilège de l’âge ! Après 35 ans, on relativise beaucoup de choses… On en comprend certaines et on accepte de ne pas pouvoir maitriser les autres… on fait avec !

– On est obligé d’attendre 35 ans ?

– Je parlais des hommes ! Pour les femmes, je ne sais pas, la ménopause remet les compteurs à zéro, je crois !

– Tu es vraiment… Pourri !

– Je t’aime moi aussi !… Et ça va aller ! Tu es mûre, je le sens !

– Oui… On verra pour la maturité… Je t’aime aussi ! Même quand tu joues au gros lourdaud.

– Je te ramène chez toi, tu te reposes un peu…

– Oui !

– Et tu vas voir Alexandre !

– Oui… Il faut !

– Ma petite soeur grandit ! » Fit-il dans un soupir satisfait.

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