Deuxième étage – Descente

Quelques mois plus tard, le deuxième étage était loin. Le septième ciel aussi.

Ils étaient loin l’un de l’autre.
Juliette rangeait dans une boite les derniers reliquats de leur relation à lui rendre : un livre corné neuf mois durant à la même page, vestige d’avant leur rencontre, et des babioles qu’il avait laissé chez elle pour le lendemain.

Et quand il fut clair qu’il n’y aurait plus de lendemain pour eux deux, elle empaqueta et scotcha le tout et ce fut fini. Presque fini.
Après être passée à la Poste, là oui, c’était fini.
Et pourtant, Juliette ne croyait jamais aux fins d’histoires.

C’était juste trop facile, fin du script et tout devrait s’effacer en une seconde, clap de fin et il faudrait faire table rase du passé. Une affreuse expression.
On ne fait jamais table rase du passé. C’était sa conviction, une « enclume accrochée à la cheville » qui avait tendance à régulièrement la tirer vers le fond.
Hervé n’était pas un copié-coulé des précédentes histoires. Juliette est quand même une femme, et une femme a de l’intuition.
Elle souffrait peut être du syndrôme « It-had-to-be-You «  mais elle restait persuadée qu’il n’avait pas vocation à être rangé dans le dossier « erreur de débutante », dans « récidives malheureuses » et encore moins dans « Echec et Mat ».

Il avait plutôt vocation à… Elle achoppait un peu à le catégoriser.
« C’est trop frais » lui disaient-elles… « C’est un con » lui disait-on.
A trop faire l’effort du réconfort, ils avaient obtenu qu’elle avait coupé les ponts avec eux et leurs conseils pour un temps.
A être seule, autant choisir sa solitude.

Marre de tant de sollicitude, qu’on la laisse mûrir en paix.
Oui, elle avait besoin de mûrir ce qui, à cette heure, apparaissait comme une défaite.
Bien sûr, elle savait, car elle avait l’expérience de déceptions passées, que cela irait mieux.
Restaient ces mains, absentes, ces mains qui connaissaient son corps par cœur, ces mains qui ne la toucheraient plus.
Long court court long… Son index qui ne tapoterait plus ce code au creux de ses hanches.

Parce qu’il ne l’aimait plus.
Barrière infranchissable. Cela ne devrait jamais arriver mais cela arrive.
La colère avait suivi, l’incompréhension et la tristesse aussi.
« Le bleu ne fane jamais » lui avait-il dit le premier jour à propos de son tableau !

Son amour par contre.
La couleur emplissait l’âme de Juliette et le ciel avait viré au gris. Cette période n’était pas celle qu’elle préférait chez Picasso, elle aurait dû voir le signe.

Elle se dit que suivait le rose et que c’était tant mieux.
Elle géra ses émotions au mieux qu’elle pouvait, lui en voulant parfois, le comprenant à d’autres, valsant entre déni et résignation.
Cela avait duré de longues semaines, puis elle se rendit à l’évidence, accepta pour de bon, ne trouva rien à rajouter. Juste régler ces derniers détails intelligemment.
Aller à la Poste.
274 jours tiennent dans une boîte. C’en est désolant.
Et prier pour qu’ils ne se croisent pas avant longtemps, pas avant que la blessure ne soit cicatrisée.

Pour cela, elle éviterait soigneusement Montmartre.

Paris n’est qu’à 35 mètres d’altitude. Elle n’en pouvait plus de Paris. Elle pensa à ces gens heureux qui vivent à 115 mètres.
Elle se dit qu’elle irait bien vivre à 115 mètres.
Pour plus de sécurité, elle se dit qu’elle devrait viser plus haut. Dans une montagne. Un abri.

Alexandre vivait en montagne.

Ron-ronne-moi un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s