Les points de suspension…

Très sociables de nature, ceux-ci étaient souvent conviés à participer à la moindre conversation.

Quelle n’était cependant pas leur souffrance de n’apporter par leur présence comme eau à tout moulin à paroles qu’hésitations, sous-entendus, non-dits voire sous-entendus non-dits et hésitants.

Exemple-type :

« Tu vois l’aut’ là ??? Euh, lui…

-Tu veux dire ??? Non, j’vois pas… »

Triste constat. Accablant.

Ils en souffraient. Clairement.

Ils eussent aimé avoir leur mot à dire mais un vrai mot, avec une définition claire, nette, précise et tout et tout genre Chat : n.m. fig. def. : animal.

Un mot frappé d’éloquence donc et qui serait posé là, à même la table des discussions, enlevant d’autant à ces dernières tout doute, toute propension à interprétation.

Hélas, hélas, leur rôle était de voler au secours des illettrés, des empêtrés, des vagues-de-l’âme, des ininspirés du mot.

Ils étaient porte de salut ultime pour qui honnit explicitations et , je cite, « tous ces trucs de gonzesse avec des sentiments et tout ça ».

Rôle de  saint-bernard en écharpe… Enfin… En encolure… Genre dans un bidon… Mais sans le bidon… Genre… Donc, ils allaient, toujours par trois, à la recherche d’une utilité soudaine au détour d’une phrase, d’une onomatopée, d’un cri…

Par trois… Fallait aimer la promiscuité. Inséparables par contrat, toute intimité paraissait dès lors exclue et tout dérapage avec une virgule, toute fréquentation exclamative ou interrogative étaient réprimés illico syntaxo militari.

Interdiction d’approcher des « i », des « j », des trémas ou autres points »ouvrez les guillemets ».

Il ne fallait pas tenter le diable. Ils étaient ponctuation-friendlyless.

Ils vivaient donc reclus, dans une maison mi-paille mi-bois mi-brique avec un grand lit, un moyen lit et un p’tit lit, ils étaient dévoués à leur rôle, point barre.

Pardon. PointS barreS.

Ils voulaient crier leur mécontentement. D’ailleurs, ils le criaient régulièrement.

Mais bon. Ils n’avaient pas de bouche. Et ils n’avaient pas de glotte. Et ils n’avaient pas de larynx.

Quant aux cordes vocales, ils ne jouissaient hélas pas de leur présence.

Donc, leur cri de révolte restait muet.

Ils voulurent écrire des banderoles.

Mais. Pas de bras.

Et, en plus, si cela ne suffisait pas, le chocolat leur passait sous le nez. Qu’ils n’avaient pas.

Révoltés du Bounty de par le fait et parce qu’il avaient de la suite dans les idées, ils décidèrent d’apparaître… à l’improviste et sans… raison dans les… phrases en se disant que,… inévitablement, la perturbation opérée… ferait réagir qui de… droit.

Il se fâchèrent d’autant avec leur ex-ami (du coup) le télégraphe qui les sentait. Pardon.

Il se… fâchèrent d’autant avec leur… ex-ami (du… coup) le télégraphe qui les… sentait vouloir sur ses plates-…bandes marcher.

Ainsi mis au ban – triple le ban- de tout… Ce qui fait un paquet. Mais bref.

Ainsi mis au ban de tout, sauf à remplir leur tâche, ils n’étaient jamais invités :

– Pas un accès-VIP pour les enregistrements des « Chiffres et des Lettres » ou de « Mo-mo-motus »;

– Pas ou très peu de dit sur eux dans leur bible Bescherelle, ce qui pensait à croire qu’on les soupçonnait d’avoir mangé la pomme (après l’avoir-volé l’avoir-volé l’avoir-volé) et, d’ailleurs, l’un d’eux ressentait des contractions;

– Pas un remerciement d’auteur dans aucun livre alors que, hein, ils s’privent pas d’les utiliser pour faire style.

Elephant-points de l’érudit, ils imaginaient les gens rire à leur lecture, voyant dans leur difformité, leur outrageante fadeur, leur indigence au milieu de tant de mots virevoltants d’arabesque-attitude , matière à sourire en plein « Traité de dissection des griffes de lapin-albinos nain ».

« Oui, rions d’eux, ce ne sont que quelques points Hahahahaha !!! »

L’humour facile, quelle salop… !!!!… A côté, la Guerre, c’est gnognotte, j’vous dis !!!

Oui, vint, soyez rassurés, le jour où ils trouvèrent importance et intérêt, attention par tous portée, interrogation quant à leur sens et envie frénétique de leur en donner.

Et le plus beau chef-d’oeuvre, leur « Joconde » à eux reste la déclaration d’imposition.

J’ai une préférence pour la 2005… Quoique la 2003 a un quelque chose d’indéfinissable, d’insondable, de presque evanescent… Et la 2006 !!!! Ah la période bleue !!! Une merveilleuse trouvaille !!!!!… 2008 était plus chaffouine. Un peu timide peut être ???…

4 réflexions sur “Les points de suspension…

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