S’écouter… Encore…

Elle filait…

On l’aurait crue jamaïcaine, on l’aurait crue messianique tant elle paraissait courir sur l’eau, dévalant ces flots impétueux à folle vitesse.

Folie dont je m’enivrais, qui m’happait, emboîtant d’office mon pas à sa suite.

Elle semblait libre, insaisissable, inoxydable, indomptable.

Elle avait surclassé les éléments qui ne la voulaient qu’humus, elle s’écrivait en temps réel et sa traîne d’eau semblait devoir rester à tout jamais indélébile comme preuve de son passage.

Du temps, elle n’avait cure, et le sien pouvait bien être compté, elle en savourait d’autant plus l’exquis frisson de l’instant.

Et tous l’accompagnaient, grenouilles sautaient, brindilles s’écartaient, trous d’eau se remplissaient, tourbillons se dissipaient.

Bruissements et chuchotis étaient autant d’encouragements, de vivas, elle était Ulysse filant vers son faste destin, surmontant obstacles, dépassant sa condition de mortelle, repoussant toutes limites.

Je la suivais d’un œil complice, spectateur improbable d’une chevauchée insensée, défi lancé à la Nature laquelle semblait voir d’un même iris approbateur ce « crime » de lèse-Elle.

A croire que, d’une brise, d’une vaguelette ainsi produite, elle l’incitait même à persévérer.

La Nature avait peut être lu quelques fables de Lafontaine pour en être ainsi du plus modeste face à bravade feuilleresque aussi inattendue.

Toujours est-il qu’elle savait ne pas souffler plus haut que son aura et qu’elle se plaisait à assister à l’épopée.

J’allais petit train à côté de ma gladiateuse de feuille semblant disputer frénétique course de char.

De temps en temps, je jetais un coup d’œil alentour. Oh !!! Très rapidement, juste pour croiser le regard d’un écureuil ou deux, d’admirer une fleur ou le vol rectiligne d’un… Euh… D’un oiseau. Clairement. Peu importe la marque.

Et je revenais vite à elle, faisant preuve de l’attention la plus fidèle de l’assistant le plus dévoué.

Jusqu’où devions-nous aller ?

Cette question, dois-je regretter d’avoir eu le réflexe de me la poser, fut un retour au Monde, humain celui-là, loin des simples et ingénus desseins de la Nature incarnée par mon amie de ce jour.

Un retour à cette réalité que j’avais eu temps de plaisir, et de facilité je dois le noter, à éluder cette fin d’après-midi.

Car c’est autant cette question que la course du Soleil qui atteignait son sprint final quotidien qui me sortirent du rêve.

La journée demandait grâce d’avoir trop brillé et n’attendait que de passer le relais à son alter ego étoilée pour quelques heures.

Tant de temps s’était écoulé qui me semblait n’avoir été qu’une fraction de nos secondes d’homme tant j’en avais intensément vécu le déroulé.

Bien au contraire, j’avais marché plusieurs heures.

C’est un sentiment que nous ne connaissons que trop peu, une intemporalité, un tout, un ensemble, loin de nos graduations et de nos mesures, de nos vies tic-tac qui s’écoulent inévitablement.

Je me sentais suroxygéné, neuf, plus que régénéré, nourri par cette unité.

Il était temps que je tire ma révérence, qu’à mes occupations je vaque tandis qu’elle voguerait en d’autres directions.

Nous nous sommes laissés sans regret puisqu’ici, rien n’est de ce goût-là, bien au contraire.

C’était un moment si pur qu’il n’aurait su s’entacher de quelque déception.

Nous avions savouré le meilleur de notre chapitre.

Que peut-on attendre de mieux ?

 

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