S’écouter…

J’ai défait un lacet, puis l’autre, étirant boucles autant que liberté de mes pieds.

Mes chaussettes enlevées, quel plaisir christo-colombien que de toucher terre, de sentir l’herbe effleurer la plante de mes pieds.

La délicatesse à l’état pur, un retour aux sources sûrement. Même si cela ne veut pas dire grand-chose.

Et surtout pas à quel point ce petit rituel auquel je m’adonne depuis peu me remplit. D’extase mais surtout du vrai « Moi ».

J’ai découvert cela.

Je ne dirais même pas « redécouvert » tant j’ignore, trahi par ma mémoire, si j’ai jamais, même dans ma prime enfance, laissé de telles sensations m’envahir.

 

Je l’ai sûrement ressenti lorsque, âgé de quelques semaines ou mois, j’ai tutoyé pour la première fois cet élément étrange, frais, vivace.

Ces longs fils verts me caressant furtivement, jouant, rivalisant de rapidité pour échapper à mon envie de les saisir.

J’en avais perdu la saveur, le souvenir tout du moins.

 

Il n’est jamais trop tard.

 

Cela m’a pris sans raison. J’étais là, engoncé dans ces étuis de cuir camouflant mes petons, les pensant ainsi protégés d’une insidieuse agression.

Sûrement.

Et cela m’a pris, quelque chose a lâché en moi, je me suis déchaussé, j’ai posé pied à terre.

Pour la première fois depuis longtemps.

Je suis resté, assis, jouant avec mes orteils une partition sur une harpe herbacée.

L’émotion m’a saisi.

Pour ne plus me lâcher.

C’est devenu un rituel.

Dès que je peux, dès que les contingences sont réalisées et peuvent s’effacer, je file dans ce champ.

 

Et je marche, mon pied jouant à caméleonner avec le sol, tentant de ressentir chaque courbe, chaque motte de terre, prêtant attention totale à chaque brin qui me taquine.

Dire que j’y arrive serait faux.

Mais seule l’idée d’aspirer à cela suffit à mon bonheur.

 

Et puis, il y a mon arbre.

Il est devenu mon arbre.

Un réflexe bien humain que celui de vouloir s’approprier quelque chose, c’est vrai.

Je l’avoue, je n’ai pu me départir de ce réflexe.

 

J’aime m’asseoir près de ses racines, le dos appuyé contre son écorce.

De là, je regarde passer le temps.

C’est peut être une fuite, un refus de la réalité. Peut être. C’est en tout cas délicieux.

Là, je perds toute notion de l’utile, du superflu, du rendement ou de la productivité.

 

Je produis tout au plus du plaisir. A la chaîne. En cadence acceptable et sereine.

 

Cela fait quelques temps que l’Automne fait son œuvre, changeant les teintes de pastel de la campagne, ordonnant à Faune et Flore de se préparer au changement.

 

Avant, je détestais l’Automne. J’y voyais la fin, la mort. Ou, du moins, leur début.

 

Et puis, en écoutant la Nature, j’ai vu autre chose.

Un recommencement. Un chapitre se clôturant et un autre plantant les graines qui lui donneront corps une nouvelle année durant.

Vue ainsi, cette saison m’est devenue très sympathique.

J’ai commencé à y voir des trésors jusqu’alors cachés à mes yeux.

 

Sur mon arbre, il y a une branche que j’ai beaucoup regardée.

Vu de ma place choisie, elle file droit vers le ciel comme un « i », sûre d’elle, conquérante.

Les feuilles qui l’ornaient jusqu’à présent, étaient les plus vertes, les plus belles, je les imaginais soyeuses comme le velours, drapant leur colonne vertébrale et nourricière d’un habit d’apparat à sa juste grandeur.

 

Sur cette branche, ne reste qu’une seule feuille, dorée par la vieillesse autant que par le soleil qu’elle a tutoyé tout l’été…

Et cette feuille, baladée par le vent, tient encore. Elle s’est recroquevillée sur elle-même, gardant ses dernières forces soudées pour tenir encore.

Je l’observe lutter depuis plusieurs jours.

 

J’avais l’appréhension qu’elle ait renoncé en mon absence. Mais non.

 

Elle est là, encore. Elle ballotte mais fait toujours la fière, narguant le vent et ses attaques successives.

Juste comme je la croyais arrimée pour de bon, il suffit que la brise tombe pour qu’elle perde prise.

Relâchement coupable.

 

Virevoltant dans les courants ascendants-descendants, elle se laisse porter où bon semblera puisque son destin est mis dans les bras de la bourrasque.

 

Je l’ai suivie du regard, ne perdant pas une miette de son voyage, je l’ai suivie, lui souhaitant une nouvelle destination qui lui convînt au mieux, je l’ai suivie jusqu’à ce filet d’eau.

 

Ce filet d’eau dont je ne vous ai pas parlé, je me rends compte.

Je manque à tous mes devoirs !!!

Ce filet musicien, fournisseur de chuchotement ruisselant, ce filet qui semble se savoir destiné à un grand destin, fleuve, lac immense et profond, mer tumultueuse et qui ruisselle avec grandiloquence au milieu des rochers, cailloux et autres dénivellations proposés à lui.

 

Il semble se savoir reposant pour mes yeux, mes oreilles et joue avec plaisir à m’émouvoir à chaque remous.

 

La feuille, le sentant hôte agréable, se laisse doucement voleter jusqu’à lui pour amerrir délicatement et se laisser emporter par son cours.

Je la regarde filer vers son destin, sûrement heureuse de pouvoir voyager au loin là où elle n’aurait jamais cru pouvoir aller.

 

Je la regarde. Je ne saurais dire… Je me suis levé. Il le fallait. Notre histoire n’était pas finie.

 

Je l’ai suivie. Du regard et à grand pas…

2 réflexions sur “S’écouter…

  1. Le Jean-Phi Nouveau est arrivé !!…J’avais prévu une « vanne » en lisant les premiers mots mais la poésie immense m’a emporté….plus de « vanne »…tiens, je le relis de suite ! bye !

    vite ! encore !

  2. J’adooooore!!! ta poésie est une respiration joyeusement rythmée; Elle invite à inspirer l’extérieur pour vibrer l’intérieur qui n’a qu’une hâte, exprimer l’inspiration…et de l’inspiration, tu en as…sacrément! MERCI pour ce beau !!! ENCORE!!!…

Ron-ronne-moi un commentaire

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