Le bruit des talons

Publié le26 avril 2011

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Georges s’est réveillé un jour. Ivre de chagrin. Sans raison aucune.

Rien qui ne pût expliciter ce coup de capharnaüm soudain dans son esprit. Georges s’est laissé inonder par cette déferlante déprime passagère.

Il en est resté groggy plusieurs heures, errant chez lui, maugréant chez lui, rasant les murs de chez lui, cherchant l’ombre, évitant la lumière.

Et ce mal-être s’est dissipé laissant un grand vide.

Parfois, le vide est plus effrayant et déconcertant. On y est si peu habitué. On tâche tellement d’éviter toute promiscuité avec lui. Eviter le malaise à tout prix.

 

Dans de tels cas, Georges a son chant des sirènes rien qu’à lui comme antidote à la gangrène du Monde du Silence.

Un palliatif qui l’aveugle et auquel il s’abandonne volontiers en victime complaisante.

 

Le bruit des talons.

N’avez-vous pas, tous, les yeux fermés, le dos tourné, été emportés par cette saccade envoûtante ???

N’avez-vous pas accompagné le son de cette cavalcade de vos rêves les plus fous, espérant qu’au détour d’un furtif regard jeté, jaillirait sous vos yeux l’objet de toutes vos espérances ???

 

Non !!!… Ah !!!

 

Fétichiste non anonyme du talon haut, Georges s’est toujours refusé à entamer toute thérapie aliénante. Il aime ce mal qui le ronge. Il ne connaît pas antidépresseur plus effervescent et efficace sur lui.

Il se laisse porter par ces pas qui en imposent, laissant son esprit valser au rythme cadencé d’une telle virtuosité.

Et virtuose, il faut l’être pour derviche-tourner sur ces aiguilles d’acier d’un pied altier-galbé du plus beau tenant.

Georges ne s’y est jamais essayé, laissant ainsi à ses yeux intacte la magie d’un tel acte.

 

Il se contente d’écouter, relevant les connotations plurielles que chacune donne à sa singulière démarche.

Rapide. Posée. Aérienne. Racée. Sensuelle. Suave. Lascive… Ahhhhh !!!! Lascive !!!

Que sais-je, qu’imaginé-je encore ????

Car chacune a son style, chacune a sa gestuelle, chacune « offre » sa version du problème.

 

Oui, cette dépendance, cet espoir, cette attente sont un problème pour Georges. Un problème insoluble et soluble à la fois.

Insoluble tant Georges a ses sens ligotés.

Soluble car c’est un nectar délicat et fondant dont il aime à s’abreuver.

Une dépendance au goût de miel qui crée une addiction de la même saveur.

 

Georges ne saurait se plaindre de cette faiblesse toute au galbe dédiée. Il l’assume, la clame, la déclame, tribun propagandiste de cette luxure.

 

Attention !!! Ne prêtez pas à Georges une futilité qui ne lui siérait pas au teint.

Celles qui vont nus-pieds n’ont pas, à ses yeux, valeur de va-nus-pieds… Il leur accorde tout autant estime et attention.

Il sait reconnaître en toute personne la valeur. Mais cela, cet artefact lui susurre mille plaisirs dans lesquels ils aimerait tant à se vautrer.

Il ne demande juste qu’à être considéré faible, humain, fébrile et ému.

 

L’émotion n’a pas de loi qui la régit, la contredit ou obstrue sa liberté.

 

Et c’est tant mieux. Georges, ses penchants y trouvent toute leur liberté d’être, de penser, de vibrer. Vibrer au rythme de ces pas. Appât.